Histoires de lessives

Publié le par exposition jours de lessive

Histoire des lessives et des produits lessiviels


INTRODUCTION

La lessive est de nos jours une opération banale que l’on pratique quotidiennement, sans même y réfléchir. Rien qu’en France, c’est environ 20 millions de lessives qui sont effectuées au quotidien ! Et pourtant, cette tâche simple a été longtemps le cauchemar de générations de femmes, corvée à la fois pénible, malsaine et bien plus polluante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Quand j’ai voulu préparer cette présentation, j’ai d’abord chercher à lui trouver un plan.
Car le sujet est vaste ! L’évolution des produits, des procédés de lavage, des machines à laver, de la nature des tissus… mais aussi les aspects sociologiques, économiques, d’environnement, politiques même.

Affaire de femmes à l’époque, est-ce que la chose est vraiment plus masculine aujourd’hui ?
En tout cas, elle s’est fortement simplifiée et elle ne risque plus de faire vieillir les femmes plus vite que les hommes maintenant.

Je vais à présent tenter de vous donner un petit aperçu de la façon dont la « lessive », prise au sens large du mot, a évolué au cours des temps, produits comme méthodes de lavage, car tous deux sont indissociables.

LES PREMIERS SAVONS

L’art de laver, à travers les siècles et quelque furent les produits et les méthodes employés, ont un point commun. Celui de générer ou d’utiliser du savon, ou plutôt, des tensio-actifs ou, comme on dit maintenant, des agents de surface .

En fait, le développement des savons et les procédés de saponification « in situ » ont évolués de manière concomitante, le savon davantage pour un usage corporel et la saponification à l’aide d’ajout d’alcali, mot d’origine arabe pour désigner la soude ou la potasse, pour la lessive.

 On sait peu de choses sur l’origine du savon et il ne faut remonter qu’à 2500 ans avant notre ère pour en trouver les premières recettes, gravées dans des tablettes d’argile sumériennes, puis sur des papyrus égyptiens.
Ces documents décrivent des formules à base de graisse et de soude naturelle, le Trona, croûtes déposées au bord de lacs salés, ou de cendres de plantes riches en soude ou en potasse. C’est dans l’eau bouillante que la saponification pouvait s’effectuer, encore fallait-il que le lavage soit prolongé !

L’autre « savon », enfin « tensio-actif » utilisé à l’époque, provenait de la tige et des racines d’une plante sauvage, la saponaire, ou de la salsepareille. Ces plantes ont la particularité d’être riche en saponine, un agent moussant naturel, pas très performant mais qu’on utilisait encore au 19ème siècle en Allemagne.  D’ailleurs, on en reparle à nouveau aujourd’hui avec les fameuses « noix de lavage » dont vous avez dû en entendre parlé. Pour la petite histoire, la saponine, en fait, est un heteroside complexe appartenant aux terpènes cycliques ou de stéroïde qui aurait tendance, entre autres méfaits, à être piscicide, c’est à dire à tuer les poissons !

Mais officiellement on attribue la découverte du savon aux gaulois.
D’ailleurs, le mot de  savon  provient du mot gaulois « sapo », un mélange de suif de chèvre, de cendres de hêtre et de jus d’herbes colorantes. En fait, sans doute une teinture rouge destinée à teindre les cheveux de guerriers germains ! Ce sont les romains qui l’adaptèrent, mais pour un usage corporel. Ils lui ajoutèrent un peu de chaux pour le rendre plus solide, le premier pain de toilette , en sommes. On est alors au premier siècle de notre ère.

LES PREMIERES LESSIVES

Mais savons de synthèse et lessives, comme je vous le disais en introduction,  n’ont pas suivi la même route, même si, in fine, l’objectif était le même : générer des tensio-actifs capables de débarasser le corps comme le linge de ses impuretés, surtout graisseuses.

A l’époque, la lessive se faisait avec les pieds. Homère le rapporte et, d’ailleurs, le verbe laver en hiéroglyphe égyptien est représenté par 2 pieds dans l’eau. Et c’est avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint de la laine.
Comme détergent, on utilisait la saponaire ou « herbe à foulons » déjà mentionnée Elle était alors importée de Syrie où elle poussait à l’état sauvage, mais surtout, parce que moins coûteuse, de l’urine humaine fermentée, donc riche en ammoniaque. On comprend alors qu’il valait mieux y tremper les pieds que les mains !
Pour la petite histoire, c’est de cette époque que vient le slogan « Pecunia non  olet » ( l’argent n’a pas d’odeur ), répartie de l’empereur Vespasien à son fils Titus, choqué par la décision de son père de taxer l’urine collectée chez les passants des rues de  Rome et revendue aux foulons.

Autre produit de foulage ou « foulonnage » utilisé à l’époque pour dégraisser les draps, la craie. Celle de Sardaigne ou mieux, de l’Ombrie, avaient la préférence. Le linge était ensuite soumis à une fumigation de soufre pour le blanchir.

En fait, c’est la nature du textile qui ferra passer la pratique du foulage à celle de la lessive proprement dite. Appropriée pour les lainages riches en suint, les produits de foulon comme la craie devinrent inefficaces  pour le lavage du chanvre, du lin du coton ou de la soie.
Aux bacs des foulons succédèrent les cuves à lessive et la lavandière remplaça le foulonnier.
Evolution lente, mais qui aboutira au 13ème siècle à une séparation des tisserands en 2 corporations distinctes:  les tisserands de langes (étoffe de laine) et ceux de linge (chanvre et lin). Pour laver ce premier, plus populaire, on utilisait de la cendre, de bois ou de varech, riches en alcali saponifiant. Par contre, pour le linge en lin ou en soie, on les lave au savon, mais c’est uniquement l’affaire de la noblesse et de la bourgeoisie car ces textiles, à l’époque, coûtaient très chers.
Et parmi les savons, le plus fameux fut celui fait à Marseille, mais nous reviendrons sur son épopée un peu plus tard, dans le chapitre consacrée à la fabrication du savon.


LES GRANDES BUES

C’est surtout avec l’arrivée des grandes buées à la fin du 16ème siècle que le lavage du linge prit son tournant. On le lavait au cours d’une journée qui lui était consacrée, sur du linge sali pendant plusieurs mois. Cela se pratiquait en général au cellier de la maison.

- La veille du jour de buée, on trempait le linge dans l’eau claire et courante d’une rivière pour le débarasser des « sanies ». On disait alors qu’on « essangeait » le linge.

- Puis venait le lavage. Dans une grande cuve, on mettait le linge, mais pas n’importe comment ! D’abord, il fallait le trier (on ne mélange pas les torchons avec les serviettes).

- Puis venait « l’encuvage », tout un art consistant à tasser le linge au maximum pour ne laisser aucun passage par où la lessive pourrait s’écouler sans traverser les tissus : on mettait les petites pièces au fond, puis les plus grosses. Enfin, on tassait le linge, parfois en le foulant au pied.

- Dans un chaudron, on faisait bouillir de l’eau de pluie qu’on jette ensuite sur des cendres. L’eau se charge alors d’un corps saponifiant, les alcali, soude donc et/ou potasse.

- S’en suivait  l’opération de coulage. Souvent d’abord effectué à l’eau froide, on le répétait jusqu’à ce que l’eau ressorte claire de la bonde : une sorte de prélavage.

- On plaçait ensuite une forte toile (le charrier) au dessus du linge pour le protéger. Il servait en quelque sorte de filtre pour retenir les cendres et ne laisser passer que le produit lessiviel bouillant. C’est le coulage à chaud. Cette eau est versée sur le linge dans la cuve. Le composant saponifiant s’allie alors avec la crasse, la détache et la rend soluble à l’eau de rivière.
En fait, l’opération est effectuée plusieurs fois : après avoir traversée le linge, l’eau tiédie et salie s’écoulait goutte à goutte par la bonde bouchée d’une poignée de paille, la « pissette », puis recueillie à l’aide d’une sorte de louche, le « cassin », réchauffée et recyclée au sommet du cuvier. Il faut admettre que ce procédé avait pour résultat, non d’éliminer la saleté mais plutôt de la répandre sur l’ensemble du linge. Du moins était-elle devenue plus soluble pour être ensuite éliminée dans l’eau de la rivière.

- Venait ensuite le battage du linge sur les bords de la rivière ou dans le lavoir. C’est l’opération du « retirage » du 4ème jour et qui inspirât tant nos peintres  que nos écrivains.
La  réalité est cependant beaucoup moins poétique ; c’était le fruit d’un effort harassant durant toute une journée : portage de charges de linge humide très lourdes, dégorgeage à l’eau courante, savonnage en froissant le linge ou mieux, à l’aide d’une brosse, le « chient » ou d’un battoir en charme ou châtaigner.

- Venait éventuellement ensuite l’opération d’azurage, d’abord effectuée à laide de feuilles de pastel ou guède alors cultivé dans le sud de a France, puis d’indigo ou Ynde, importé d’orient, puis d’indigotin d’Afrique Méridionale ou des Antilles. Plus tard, les toiliers du Nord et de Bretagne lui préférèrent le bleu de Prusse. Aujourd’hui, c’est le rôle des azurants optiques.

- L’amidonnage est pratiquée parfois ; il est  surtout utilisé pour rêchir  cols et manchettes des chemises puis, surtout sous le règne d’Henri III, les plis des fameuses fraises.

- Enfin, venaient le blanchissage et le séchage. Pour cela, on étendait le linge au soleil, en plein champ et on lui faisait subir toute une série de manipulations pouvant durer de 2  à 3 jours.
Le linge, à peine sec, était arrosé à nouveau, retourné puis arrosé encore et re-retourné, plusieurs fois ainsi et en priant Dieu qu’il ne pleuve pas pendant l’opération…

Une grande buée comptait en moyenne 70 draps et autant de chemises ; elle durait plus d’une semaine. Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’en 1940.

LA FABRICATION INDUSTRIELLE DU SAVON

Enjeu économique majeur, l’histoire de la fabrication du savon a été une véritable épopée qui remontrait au 8ème siècle mais dont il est difficile d’en attribuer la paternité : de chimistes arabes ?, génois ?, espagnoles ? ou aux Marseillais,100 ans après…A ces époques, on ne déposait pas de brevets !
Ce qui est sûre, c’est qu’on leur doit d’avoir fortement améliorer sa qualité et son procédé de fabrication en remplaçant les graisses animales alors utilisées par de l’huile d’olive et surtout l’alcali des cendres par l’ajout de soude ou de potasse caustique.

Les grandes places savonnières d’alors étaient Venise, Gênes, Tirana, Alicante, Malaga et, bien sûre, Marseille. La compétition était farouche. Et qui dit compétition, dit innovation ! Mais ce qui probablement a permis à Marseille de triompher c’est…le parfum grâce à l’emploi de plantes odoriférantes de l’arrière pays de Provence !

En fait, ce qui permis une véritable démocratisation du produit, on le doit à 3 progrès scientifiques majeurs .

- Tout d’abord, celui dû aux travaux d’Eugène Chevreul, disciple de Lavoisier, qui sous la protection de Louis XIV, perça les mystères de la saponification. En 1823, il en  isola la glycérine et différencia les acides gras donnant ainsi les bases scientifiques à cette industrie et à celle de la bougie.

- L’autre fut la découverte de l’art et la manière de faire de la soude « factice » , c’est à dire de synthèse : une invention pleine de péripéties, de tragédies, miroir de l’histoire et des temps agités que connurent ces époques.
Les guerres révolutionnaires et l’isolement de la France qui en résultat en furent sans doute le catalyseur. D’abord avec ce concours émis par l’Académie Royale des Sciences en 1773 et remporté par Nicolas Leblanc. Le procédé consistait à mélanger du sel marin avec de l’acide sulfurique pour former du sulfate de soude auquel on ajoutait de la craie et du charbon. Le tout était alors calciné puis, après dissolution dans l’eau et évaporation, on obtenait des cristaux de soude. Hélas, Leblanc manquait de ressources et pris comme sponsor le Duc d’Orléans : un mauvais choix en période révolutionnaire !
Le Duc, qui devint Philippe Egalité, fut arrêté, exécuté et ses biens confisqués .
Conscient de l’importance économique de cette soude factice pour de nombreuses industries, dont celle du verre, l’idée de faire appel aux scientifiques de tous bords fut reprise par le Comité de Salut Publique, mais au nom du patriotisme cette fois.
Leblanc y répondit et révéla son secret ; il récupéra son usine de St Denis, mais sans ressource pour la remettre en état ; il tomba dans la misère et finit par se suicider en 1806.
Le procédé fut repris par St Gobain, mais c’est en 1865 que le procédé fut fortement amélioré par le belge Solvay. Je vous en épargne le « comment ».

- Le troisième progrès majeur a touché l’art mais surtout l’outillage de production. Au 17ème siècle déjà, quoique encore assez empirique, on avait dépassé le stade artisanal de fabrication. Mais c’est la compétition entre les pays producteurs (Angleterre, Hollande, Allemagne et même le Nord de la France) qui amenèrent cette industrie à produire au meilleur rendement et à plus bas coût, évidemment.
Mais à cette époque, l’objectif principal était de débarrasser de son suint la laine importée de contrées lointaines, comme l’Australie. C’était avant tout des savons à base de potasse, donc liquides alors que celui de Marseille, à base de soude, était solide. Mais plus tard, ils utiliseront de la chaux vive qui, en décomposant le carbonate de soude, libère de la soude caustique. Enfin, le meilleur des savons était celui dit « marbré », plus chargé en sel et plus dur que le blanc.

L’histoire du savon de Marseille est jalonnée de fraudes, d’abus et de malversations de tous genres, comme celle de surcharger le savon en eau pour le rendre plus lourd, l’ajout de matières inertes (amidon, talc, farine…), l’emploi d’autres huiles que celle d’olive, la production en période prohibée (l’été). Tout cela finit par provoquer une révolte dans les années de 1790. Vint ensuite la pénurie en savon, les restrictions et les bons de savon, précurseurs des tickets de rationnement des  dernières guerres.
Mais c’est avec le lancement du savon « pré-emballé » Sunlight par les frères Lever en UK que le savon devint un véritable produit commercial de qualité et se démocratisa sur un marché qui allait vite devenir international, voire global.


DU BLANCHISSAGE AU BLANCHIMENT

L’épandage du linge au grand air et au soleil, praticable à la campagne, n’était pas utilisable en ville. A la place, il existait aussi le procédé à la vapeur, importé d’Extrême Orient, développé par Monnet et perfectionné par Chaptal. Ce procédé consistait avant tout à débarrasser les étoffes des colorants naturels présents dans la matière dans son état brut. Le linge passait dans une succession de bacs équipés d’ailettes (ou pataugeurs) qui brassait le linge sale. Dans le premier, juste de l’eau pour une première élimination. Les bacs suivants remplis d’eau chaude contenaient de la soude ou de la potasse, rendues caustiques par de la chaux. Après un certain temps de brassage, le linge était placé sur un cône ajouré, de grande surface et que l’on coiffait d’un autre cône en cuivre plein. Une chaudière emplie d’eau en ébullition placée dessous imprégnait sans cesse le linge de buée. On faisait alors dégorger le linge par pression puis on le séchait dans des séchoirs à air chaud.
Chaptal introduisit ce procédé dans les toileries mais c’est Curaudau qui fait passer ce procédé, alors industriel, à un appareillage domestique de blanchissage, proposant diverses tailles pouvant traiter 250 kg de linge à 50 kg.

C’est vers la même époque, en 1785 plus exactement, que le chimiste Berthollet mit au point un agent de blanchiment à base de chlore, la fameuse eau de Javel. En fait, ce fut une adaptation astucieuse d’une découverte faite 11 ans plus tôt par le suédois Scheele : celle de l’acide muriatique oxygénée.
Cette découverte révolutionna cette industrie. En fait, il travailla à en trouver le juste dosage d’hypochlorite pour qu’il blanchisse sans trop user et à le stabiliser grâce à du carbonate de soude. Il effectua également toute une série d’essais sur différents types de fibres et tout cela dans un petit village proche de Paris du nom de Javelle. Depuis, ce village est devenu un quartier de Paris, métro Javel.
Rapidement, cette eau de Javel va passer de l’usage industriel à celui de la blanchisserie, pour devenir l’arme secrète contre les taches, une arme à manipuler avec précaution car utilisée en excès, elle brûle les tissus au lieu de les blanchir.

 L’ARRIVEE DES LESSIVES DE SYNTHESE

La lessive à usage domestique, jusqu’à encore peu de temps, est très rudimentaire : un mélange de cristaux de soude et de la lessive composée. Il faudra attendre la dernière décennie du 19ème siècle pour voir apparaître les premières marques : formules simples à base de carbonate, silicate, soude caustique et d’acide oléique. Parfois la lessive contient des ingrédients plus curieux comme de la résine ou du varech séché pulvérisé. Citons le Salsonade, le Sodex, la Buanderine et surtout, la plus connue de l’époque, la lessive Phénix… l’oiseau qui renaît de ses cendres !

Mais ce n’est seulement qu’au XXème siècle que les premiers savons de synthèse vont  prendre leur domination. Début assez lent, les choses vont s’accélérer au cours de la deuxième moitié du siècle, une véritable saga !
Mais voyez plutôt :
C’est le 22 Février 1906 que Jules Ronchetti déposa la marque de la première lessive pour laver le linge « autoactive », Persil, une contraction de perborate (agent de blanchiment oxygéné) et de silicate. La marque fut rachetée en 1907 par l’allemand Fritz Henkel mais cédée en 1917 aux Savonneries Lever en Angleterre. Et c’est en 1932 que la marque conquiert l’Hexagone, avec un fort soutien publicitaire, répétitif, ponctué de slogans qui restent encore aujourd’hui à la mémoire : Persil lave tout tout seul, la blancheur Persil…
Mais c’est aux USA que fut lancé en fait la première lessive à base de détergent de synthèse, l’alkylbenzènesulfonate. Ce fut en 1946,par P&G et sous la marque Tide.
En France, il fallu attendre 1952 pour voir arriver la première lessive sans savon, avec le lancement en fanfare, sur le Champs de Mars, d’Omo (Lever) : « Omo est là et la saleté s’en va ! ».
Avec l’arrivée des première machines à tambour rotatif, il fallait développer des lessives non ou peu moussante. Et c’est en collaboration avec des fabricants de machines à laver que Lever élabora puis lança Skip en 1959, la lessive « recommandée par 49 marques de machines à laver ».
Puis vint le lavage biologique avec le lancement d’Ariel poudre (P&G) et d’Ala (Lever), la lessive aux enzymes gloutons. Perçue trop « voraces » par les consommateurs, Lever dû faire marche arrière et renonça à la marque…mais pas à la technologie.
Autre tournant majeur, encore une fois à l’initiative de Lever, celui du lavage à plus basse température rendu possible dès 1978 grâce à l’introduction d’un agent précurseur de blanchiment dans Skip : le TAED ou tétraacétyléthylènediamine.
Par contre, la première lessive sous forme liquide, nous la devons à Procter avec le lancement de Vizir en 1982, suivi très vite par le lancement de Wisk en 1983 par Lever…
L’allemand Henkel, de son coté, se voyant interdire de commercialiser sa marque Persil sur le marché français, racheta la marque Le Chat et occupa  le créneau de l’écologie  avec le lancement en 1989 de la première lessive en poudre sans phosphates.
Il y eut ensuite les lessives concentrées, « Micro » ou autres « Ultra », mais qui ne connurent pas un grand succès car jugées « trop chères pour si peu ». En fait, les consommateurs, habitués à doser de gros volumes de poudres plus légères ont eu tendance à surdoser les produits concentrés. D’où une surconsommation de lessive et un coût au lavage plus élevé !
Lever eut alors l’idée de compacter cette poudre, pour en faire un produit prédosé et lança en 1998 les premières pastilles ou tablettes : « la propreté au meilleur de sa forme ». Ce fut cette fois un succès, vite imité par ses concurrents!
Il y eut ensuite les lessives liquides prédosées, sous forme de capsules hydrosolubles que Procter et Lever lancèrent à peu près en même temps en 2002 et, encore plus récemment, le lancement en 2005 d’une tablette associant une poudre compactée à un gel détachant : Skip Actigel.
Et ce n’est pas fini : Lever nous prépare une nouvelle innovation de rupture pour ce début d’année, un produit en ligne avec l’évolution du marché des lessives, plus « éco-citoyen » et qui offrira encore plus de praticité. Mais je ne peux pas encore vous en dire plus.

CONCLUSION

LA PROPRETE : VICE OU VERTU ?

Pour conclure, je voudrais vous lire ce qu’écrivait Cadet-de Vaux dans la brochure qu’il rédigea en 1805 à la demande de Chaptal et intitulée « L’instruction populaire sur le blanchissage domestique à la vapeur ». C’est en fait un traité sous forme de dialogue entre une blanchisseuse  et une maîtresse de maison. La blanchisseuse : « Mais de quoi se mêlent ces maudits savants là, eux qui n’ont jamais blanchi de vouloir nous apprendre à blanchir, nous qui de mère en fille blanchissons !». Et la réponse de la maîtresse de maison : « Je vais vous l’apprendre. Ils se mêlent de vous économiser la dépense, le temps, la peine, les soins et surtout de conserver votre santé qu'altère une tâche si pénible et c’est de la reconnaissance que vous devez à ces savants là ! ».



Daniel Berthod
Responsable Technique des Produits d’Entretien
UNILEVER FRANCE

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