Compte rendu des conférences

Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 14:59
Cycles de lavage, cycles d’innovation
Journée d’étude du 29 novembre 2006



 
Présentation

Pourquoi s’intéresser au lavage au cours d’une biennale de Design? L’acte de lavage est des plus quotidiens… Nous lavons toujours plus avec des contraintes et des attentes toujours plus fortes. L’évolution des formes, des techniques et des usages du lave-linge font de cet objet un formidable catalyseur de philosophies de vie et donc de design.

L’IERP (Institut des Etudes Régionales et des Patrimoines) a souhaité éclairer cette question en mêlant  histoire, mémoire et prospective.


L’esprit de la journée d’étude : un débat - événement au cœur de l’exposition « Jours de lessives… »


Le lave-linge est certainement la machine la plus banale de notre arsenal d’appareils électroménagers: plus de 95% des foyers en sont équipés. Faire sa lessive est aujourd’hui un geste facile qui revient aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Mais savez-vous comment les femmes faisaient la lessive au siècle dernier? Quand le très éprouvant lavage du linge se faisait deux ou trois fois l’année avant l’arrivée de la lessiveuse puis des machines à laver? Alors, jour de lessive : jour de bonheur ou jour de labeur ?

Après des siècles de lavage à la rivière ou au lavoir, on voit apparaître au début du XIXe siècle la baratte à linge en bois, puis vers 1870 les lessiveuses à champignon en tôle galvanisée. Avec les années 1930 de nouvelles machines à laver le linge apparaissent, fruit de la mécanisation, fille de l’industrie lourde. Les réticences françaises face à l’arrivée des « belles Américaines » en raison d’une culture du linge très forte, retardent les évolutions techniques.  Il faut réellement attendre les années 1960 pour connaître en France le premier lave-linge semi-automatique largement plébiscité par la génération 68. Les années 1980-90 voient le développement des ordinateurs à laver… Et aujourd’hui  on élabore des lave-linge sans lessive à ultrasons, et on rêve de textiles autolavant…      


Linges sales, lessives et innovation


Aussi longtemps que laver, entretenir le linge n’a été qu’une tâche pénible, en tout cas peu valorisante, on ne s’est guère penché sur ce sujet. Mais aujourd’hui que nous devons sans mère Denis, laver notre linge sale ou presque propre en famille, il arrive que l’on ne trouve pas indigne de penser, observer le pourquoi et surtout le comment d’une telle tâche, en y découvrant des aspects psychologiques, sociaux et même sociologiques… Trier, laver, essorer, sécher…  Bref laver son linge sale est certes une affaire de famille, mais c’est bien plus aujourd’hui : science, publicité, technique, histoire, sociologie et même le patrimoine s’en mêle !

Tous les moyens sont mis en œuvre par les lessiviers et les fabricants de lave-linge pour améliorer l’efficacité du lavage et faciliter l’entretien du linge. Mais au-delà des innovations techniques, un siècle de lessive c’est aussi des mentalités qui évoluent, des pratiques qui changent… Le linge, c’est aussi et surtout une charge culturelle.

Quand on parle de  linge sale , on pense tout de suite au sketch de Coluche sur le nouvel Omo, celui qui lave encore plus blanc que blanc : « J’avais l’ancien Omo, celui qui lave blanc, mais maintenant j’ai le nouvel Omo, qui lave encore plus blanc. Le seul problème, c’est qu’avec ce genre de lessive, on n’ose pas  se changer parce qu’on a peur que cela devienne transparent »… Anne Saint-Dreux, présidente de la maison de la Pub, nous parle des valeurs anxiogènes et de l’histoire des taches à travers les publicités lessivières :

« Quoi de plus banal qu’un film sur la lessive… Des publicités que l’on fuit aux linéaires uniformes des grands magasins, l’univers lessiviel véhicule la dose d’ennui la mieux partagée par le commun des mortels. Et pourtant… Que de mystères se cachent derrière ces paquets de linges sales que la ménagère cache et que l’on exhibait jadis sur la place publique du lavoir, quelles doses de culpabilité cristallisées par ces taches que l’on veut faire disparaître à coups de battoir ou par le biais du matraquage publicitaire.

La lessive est, en fait, un sujet passionnant quand on y regarde de près : la religion, les tabous, la condition féminine, le droit du travail, la psychologie ménagère, les enjeux économiques, le qu’en dira-t’on, la morale, l’amour, l’art, le populisme, sont autant d’angles de vue qui donnent à ce sujet banal des résonances profondes qui touchent chacun de nous.

À travers l’histoire du lavage moderne, Je décrypte la manière dont les publicitaires se sont approprié les notions du Beau et du Propre et comment ils ont créé, à travers les connotations morales véhiculées par leurs propres messages, le syndrome de la «ménagère anxiogène», véritable pilier de leur fonds de commerce.»

C’est une réalité, les publicités sont le reflet de nos attentes, nos mythes, nos  peurs… Néanmoins trente ans se sont écoulés depuis le sketch de Coluche… aujourd’hui, on ajoute des agents qui donnent une certaine clarté à la blancheur du linge et on sait surtout laver mieux. Daniel Berthod, responsable technique des produits d’entretien chez Unilever France travaille depuis trente ans sur ces questions :


« Quelle avancée industrielle peut revendiquer avoir autant touché à la fois le bien être et la santé publique, l’économie mondiale et l’environnement si ce n’est cette tâche du lavage du linge ?

Aujourd’hui, la lessive est une affaire simple, rapide, peu polluante et à la portée de toutes les bourses. Elle reste cependant très mal connue, pire, très dénigrée ! Elle est pourtant l’un des domaines les plus exemplaires de réussite industrielle des enjeux planétaires de Développement Durable. »

Mais les innovations du lavage touchent aussi les textiles. Depuis une centaine d’années, les tissus et leurs entretiens ont fortement évolué. En effet, composés exclusivement de fibres naturelles il y a cent ans, les tissus sont maintenant réalisés à partir de microfibres synthétiques. Parallèlement, les modes d’entretien ont beaucoup changé : de l’amidon de nos grands-mères aux micro-capsules, les traitements des tissus contribuent à faciliter le lavage et  à limiter les odeurs. Anne Perwuelz, chimiste au laboratoire GEMTEX de l’ENSAIT de Roubaix nous présente ces tissus intelligents :

« Les textiles qui seront vendus demain participeront activement à la vie quotidienne jusqu’à en devenir les principaux acteurs.  Aujourd’hui les chimistes peuvent composer des textiles techniques aux capacités diverses grâce à l’apprêtage, par exemple : les anti-taches. Différents traitements sont actuellement commercialisés. Par application d’un apprêt, ces textiles diminuent ou empêchent l’absorption, la fixation et-ou l’adhésion des salissures. Pour les tâches grasses, il faudra un caractère oléophobe (qui n’aime pas l’huile) : on parle alors de traitement oléofuge. Pour les taches maigres c’est le caractère  hydrophobe (qui n’aime pas l’eau) qui est important. Le caractère hydrophobe est amplifié si le tissu est texturé. Cette propriété est appelée l'effet lotus, du nom de la plante dont le caractère sacré en Inde est lié à l'aspect immaculé de ses feuilles : à cause de leur très faible contact, les gouttes n'adhèrent presque pas aux feuilles et roulent en emportant les poussières présentes sur la surface. Seuls les dérivés fluorés permettent d’avoir ces propriétés.

Les tissus « nettoyages faciles » (soil-release) sont aussi développés actuellement. Ces apprêts permettent de faciliter le lavage à basse température des textiles. La tache se détache facilement du support textile lorsqu’il est plongé dans l’eau. Grâce aux résines fluorées (ou des polymères) qui ont un caractère anti-tache, la saleté reste en surface. Les particules hydrophiles  (qui aiment l’eau) contenues dans les tissus entrent en action au moment du lavage : nombreuses en surface lorsque les tissus entre en contact avec l’eau, ces particules permettent une élimination facile des salissures.

Des apprêts « antibactériens » sont possibles aussi. Ils concernent les fibres naturelles, sensibles aux bactéries ou aux champignons. La surface de la peau est habitée par une multitude de microbes assurant une protection contre les agressions extérieures. Les textiles anti-bactériens ont pour but de limiter au maximum la multiplication des microbes sur le textile et de préserver ceux de la peau. Les molécules sont soit bactéricides et fongicides, qui éliminent définitivement les micro-organismes, soit des molécules qui empêchent leur développement. La propriété « autonettoyante » peut être obtenu par la destruction de la salissure par un système de photocatalytique ou par des enzymes greffés. Le Dioxyde de Titane (TiO2) peut être utilisé à cet effet : les UV cassent les molécules d’oxygène qui oxydent la saleté et la rendent invisible.

Enfin, l’origine des odeurs est soit biologique (développement de bactéries), soit chimique (odeur de friture, tabac…). L’effet anti-odeur est donc obtenu soit en éliminant la source (antibactériens), soit en l’emprisonnant et la détruisant par photocatalyse (autonettoyant) soit en masquant par un parfum agréable. Des robes, des sous-vêtements, des foulards délicatement empreints de l'odeur de votre parfum favori... aujourd'hui on fabrique ces nouveaux produits munis de microcapsules remplies de molécules parfumées. »

    Le lavage est au-delà des techniques un élément important de la trame familiale, un moment de vie. Pratiques, usages et mémoires emplissent  les objets. Jacques Rouaud, dernier commissaire du Salon des Arts Ménagers raconte l’histoire anecdotique de la machine à laver, une histoire faite de rencontre et de choix :

« Boussac décide en 1946 de négocier avec Bendix pour créer Bendix France. Il se rend compte en fait que ces ouvrières désertent pour laver leurs linges ! Aussi il offre à chacune d’elle une machine à laver ».

Pour Quyhn Delaunay, la machine à laver est le lieu de cristallisations considérable, où sont impliqués des acteurs multiples : l’Etat, les constructeurs, les usagers. Tous ont contribué à constituer cet espace d’échange, qui a fait que cet objet se crée, circule, se fait connaître et acquiert progressivement une existence sociale :

« Elle est liée à l’histoire de sa possession et de ses significations. Celles-ci varient dans le temps, ce qui se traduit dans l’usage que les hommes font du linge et reflète la façon dont ils le produisent. Sa conquête par tous témoigne d’une lente transformation des modes de production et de consommation vers le bien-être. D’abord considéré comme un signe de richesse que l’on s’efforce de faire durer le plus longtemps possible afin de le transmettre, le linge progressivement acquiert le statut de bien d’usage que l’on renouvelle rapidement. »
 
Au terme de cette journée, les fabricants ont présenté leurs innovations et démarches prospectives, nous avons présenté le projet « Espace vie quotidienne » défendu par Saint-Étienne Métropole, l’IERP et l’Association Arts Ménagers. En effet, les objets quotidiens, ceux que l’on ne voit plus, les banals, les triviaux… Ces petits riens de tous les jours sont porteurs de mémoires, d’histoires, de géni, de créativité, d’usages… Ils sont notre patrimoine.

Ces petits riens, biens de consommations en plastique et métal, portent tout un ensemble d’idées, d’espoirs et d’ingéniosité. Ils sont notre mémoire de l’innovation ; innovations techniques, innovations familiales. Une machine à laver, c’est aussi une histoire de famille, un choix, un sacrifice financier parfois, une évolution des mentalités… Cette exposition et ces conférences ont voulu être la preuve que ces objets ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes, et qu’il y a de l’humain en eux. Aussi n’est-il pas naturel de raconter ces histoires de famille, ces souvenirs, de jouer avec nos sens ? Comment comprendre et composer de nouveaux objets sans écouter ceux qui nous entourent ? Le design c’est aussi cela : de l’humain dans la matière.

Par Aurélie Brayet
Par exposition jours de lessive - Publié dans : Compte rendu des conférences
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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 15:25
Une vie de lessive



Mes cheveux blancs m’empêchent de mentir sur mon âge : je ne vais sans doute as vous étonner si je vous dis que j’ai à peu près connu l’ensemble de ce que vous raconte cette exposition. Ce qui me donne sans doute le droit de vous parler d’avenir…

Et si mon expérience de petite, de femme, de maman, de grand-mère et aussi de journaliste, se situe parallèlement à ce que raconte cette exception, cela permet de rappeler que l’on est passé en une vie – pas plus d’une vie -  du battoir de notre chère Mère Denis aux puces qui avec leurs petites pattes électroniques travaillent pour nous dans nos lave-linge de plus en plus sophistiqués.

Il n’a fallu qu’une centaine d’années pour passer…
-    du lavage à la cendre à la tablette magique,
-    du battoir à la « puce » électronique

Avant d’envisager ce qui peut arriver demain, il est intéressant de regarder comment cette évolution de la fonction lavage, qui fait rarement des poses, s’est associée à celle de nos vies quotidiennes. En n’oubliant jamais que les nouveautés spectaculaires prennent du temps avant d’être commercialisées et surtout démocratisées. Si bien qu’il ne faut jamais oublier que longtemps les différents modes de lavage se côtoient, les plus archaïques ayant souvent la vie dure. Même aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de changer de machine, ce qui se fait environ tous les dix ans, beaucoup ont tendance à redouter un changement trop audacieux. Ainsi, en France, pays du lave-linge à chargement sur le dessus, bien étroit que la classique machine plus universelle à chargement frontal, le passage d’un modèle à l’autre a presque toujours été un cap difficile à franchir.

Cuviers, baquets en bois, cendres et soude, savon de Marseille, eau de Javel et bleu de lessive… Lessiveuses et jours de lessive… Machines à laver manuelles, premières lessives en poudre… Nous sommes au temps de ma petite enfance, avant la guerre de 39-45. Le temps de cette guerre où l’on manquait de savon a marqué un basculement vers de nouvelles habitudes de lavage. Dès les premiers salons des arts Ménagers de ce temps nouveau de l’après-guerre, on put s’apercevoir que les appareils ménagers, machine à laver en tête, allaient être à la portée du plus grand nombre.

Entre temps, les laveries automatiques, en ville surtout évidemment, on eu leurs beaux jours et existent encore.

On passe de l’agitateur au tambour, des lessives qui moussent à celles qui lavent sans mousser. On essore presque manuellement au rouleaux, puis dans une cuve séparée, puis dans la cuve de la machine où l’on pourra aussi, un peu plus tard, sécher directement… Bien que la lavant-séchante n’ait jamais eu un réel succès, c’est le séchage qui deviendra, surtout en ville, en appartements, un réel souci. Peut-être parce que l’on fait plus souvent une machine… La colonne lavage-séchage apparaît comme une excellente solution. Impossible si l’on reste fidèle au chargement par le dessus.

Les lessives s’adaptent pour des lave-linge automatiques. Intelligentes, électroniques, les nouvelles machines exigent encore plus des lessives pour des textiles nouveaux, plus variés, plus fragiles, en tous cas sensibles à des problèmes différents de ceux auxquels on était habitués… Il faut choisir de nouvelles températures de lavage. Les nouveaux draps, fleuris au lieu d’être tout blancs, peuvent se laver le matin, sécher en quelques heures et être remis le soir dans le lit sans repassage… Le trousseau de draps en lin ou métis prend un sérieux coup de vieux. Les textiles synthétiques pour lesquels on s’est enthousiasmé redoutent moins les taches mais grisaillent très vite…

Fidèles et inconditionnelles, les femmes sont reconnaissantes envers leur lave-linge et leur lessive symbolisées par les marques auxquelles elles pensent devoir la peine envolée.

On attend tout de son lave-linge, on espère tout de sa lessive et encore plus aujourd’hui des additifs aux fonctions spécifiques qui semblent magiques.

Le lave-linge pèse, pense, décide, choisit la lessive, la dose au besoin. Cependant les machines les plus haut de gamme ne sont pas à la portée de tous les porte-monnaie et les modèles les plus vendus, donc les plus utilisés, restent souvent encore basiques et contentent les familles pour lesquelles le lave-linge ne provoque plus d’émotion. Sauf s’il tombe en panne, provoque une inondation stupide qui pourrait être évitée si les fabricants soucieux d’innovations compliquées pensaient à faciliter le vidage de la cuve quand l’évacuation se bouche malencontreusement, un risque finalement courant.

Les anti-taches ont un devoir de réussite. Les taches redoutables autrefois sont oubliées aujourd’hui mais d’autres sont venues troubler notre quotidien. On est passé du café au ketchup.

Et si bientôt les tissus eux-mêmes savaient gérer leur propre entretien ? Déjà, avec l’étiquetage, les vêtements conseillent la bonne méthode de lavage. Demain, sans doute, sûrement, le vêtement pourrait communiquer directement avec l’appareil de lavage à propos de température et peut-être de type de lessive… Il suffirait de la vouloir pour le faire au point où nous en sommes des technologies. Reste à tenir compte du coût possible de ce type de service.
On le voit, les différences entre l’histoire officielle et les réalités du terrain expliquent l’extrême diversité des comportements familiaux face à l’entretien du linge et des textiles de la maison. Ce que les statistiques, qui nous disent que pratiquement toutes les familles disposent d’un lave-linge, ne nous racontent pas (ce qu’elles pourraient faire) c’est de quel type de lave-linge elles disposent, qui l’utilise à la maison, quel programme utilise-t-on…

Quelques uns des paradoxes qui jalonnent l’aventure du lave-linge et plus exactement du lavage du linge…

C’est lorsque le lavage était le plus dangereux pour le linge que le linge a été en partie du moins le plus fragile : dentelles, broderies fines… Rappelons que la brosse en chiendent de la Mère Denis face au berçage des pulls en cachemire dans les machines d’aujourd’hui était loin d’être une formule à conseiller pour ne pas user le linge.

Moins on vous conseille de ne plus trier le linge plus il devrait l’être puisque la variété des textiles et des mixages de fibres est infinie… Heureusement qu’il n’y a les étiquettes… Je me surprend à trier par couleurs plutôt que par qualité du textile… On se soucie, avec le goût inconditionnel pour le noir des générations plus jeunes que la mienne de créer des produits spécifiques… Dans ce domaine comme ailleurs un peu de bon sens ça aide…

L’homme, dans les familles, est arrivé dans le monde du lavage avec les machines. Et avec les textiles synthétiques : la chemise de Nylon à laver dans le lavabo de l’hôtel et qui était sèche, prête à remettre le lendemain sans repassage. C’est-à-dire quand la corvée lessive n’a plus été une tâche mais est devenu presque un jeu.
Eh ! oui, en un temps où l’on se triture les méninges pour féminiser des tas de mots sous prétextes que ça féminiserait la fonction… on a oublié que certains mots n’ont pas eu de masculin, les tâches correspondantes étant réservées aux femmes. J’accepterai d’être écrivaine quand il y aura des ménagers. Un mot qui ne s’associe encore aujourd’hui qu’aux arts ou aux appareils… Réfléchissez mesdames, on nous piège encore ici et là… on est cuisinière quand on est domestique ou fourneau, mais on est cuisinier quand on a des étoiles au Michelin… ou qu’on en rêve. On est même chef en même temps.

Il est bien téméraire de vouloir prédire ce que sera l’acte de laver demain… l’expérience prouve que l’on se trompe toujours pour la raison simple que l’on ne peut tout prévoir des inventions futures et que l’on part régulièrement pour les pronostics, réalité oblige, construits à partir de ce que l’on connaît déjà (technologies entre autres même si l’on ne les a pas encore exploitées).

La culture du linge fout le camp ma pauv’dame où va t-on ?

Le respect du linge parce que rare, beau, cher et donnant de la peine à coudre, broder, conserver en son plus bel état disparaît avec la facilité de lavage. La fréquence de suppression de repassage et le côté bon marché et éventuellement possiblement jetable du linge interviennent là encore.

Déjà les mots ont changé. On ne dit plus machine à laver le linge mais lave-linge. C’était volontaire, on a choisi le terme. On ne dit plus faire une lessive mais faire ou même lancer une machine. C’est l’évolution naturelle du langage qui recopie au mieux la vie telle qu’elle est. Parlons d’entretien plutôt que de lavage.

Alors le mot lessive… la tradition de la lessive du lundi qui sévi dans les années 60-70 a disparu avec l’automaticité. Voilà ce que je n’avais pas la mission d’affirmer : le titre de notre exposition évoque le passé. Pas le futur et plus guère le présent. Le besoin de propre n’a pas cessé d’exister mais la notion de propreté n’a pas cessé d’évoluer. La facilité de lavage a permis de laver du propre, de changer de linge plus souvent et plus souvent encore d’économiser les frais de teinturerie. On lave presque tout couramment dans la machine y compris les baskets.

Les acteurs de la fonction lavage, ou plutôt de l’entretien du linge, des vêtements, des textiles dans la maison dans sa globalité, travaillent ensemble depuis longtemps…

Dans cette exposition le manque d’espace a obligé à des choix car il aurait été plus passionnant encore de pouvoir aller jusqu’au bout du travail d’entretien du linge en y associant séchage et repassage.
Ces deux dernières étapes sont importantes pour la réussite finale car un séchage en machine raté « bousille » le lavage raffiné de la soie ou de la laine, comme un repassage inadéquat tue les qualités sophistiquées d’un textile intelligent qui a encore l’incapacité de se défendre en hurlant de douleur !

Juste quelques mots pour rappeler où l’on en est aujourd’hui :
-    il y a les choses à laver, linge de maison, vêtements et davantage encore car on lave souvent par économie de temps et d’argent ce que l’on aurait hier donné au pressing
-    il y a les produits lessiviels qui proposent tant de fonctions diverses qu’on finit au quotidien par ne plus y croire
-    il y a les outils : lave-linge, sèche-linge, fers, tables à repasser

Il leur est difficile d’avancer vers le futur sans travailler ensemble sinon la cacophonie serait superbement dramatique pour notre manière d’accomplir cette fonction (tiens, je ne dis plus corvée) du lavage.

Les nouveaux textiles et tissus qui en découlent sont nés de recherches comme toujours pour les militaires, comme en un temps pour l’espace, comme aujourd’hui pour le sport et un petit peu pour la mode, qui d’ailleurs a toujours su s’emparer de tout pour en détourner l’utilisation. Ces nouveaux vêtements se doivent aussi de s’entretenir sans perdre leurs efficacités nouvelles.

Deux obligations vont de plus en plus intervenir autour du lavage – ou plutôt de l’entretien des vêtements et des textiles de la maison, en marge de l’efficacité du service : le silence, l’écologie qui comprend le respect de l’environnement, la consommation réduite d’énergie et d’eau.

Les nouvelles machines ont d’autres fonctions que les premières : on demande toujours davantage au lave-linge comme à tous les appareils ménagers et outils divers. Ne nous étonnons pas que la machine prenne de l’indépendance et sache décider toute seule.

La négation du repassage pose des interrogations mais il y a parfois des retours en arrière, ou sinon des pas en arrière, des petits pas de côté en trouvant des solutions nouvelles.

Le travail en commun de ces acteurs, de ces industries, nécessite des compromis mais aussi des progrès, des innovations, puisque lorsqu’on met en commun de tas d’idées nouvelles, on avance. Même si ce n’est pas toujours sur le bon chemin.
Le transfert des responsabilités

Le savoir-faire s’oublie au profit de la facilité illogique. On abandonne les décisions à la machine.

Du temps où l’on appelait les femmes des ménagères elles étaient et devaient se sentir fières de leur savoir faire. Elles régnaient sur leur linge, sur leur lessiveuse, sur leur première machine… Aujourd’hui on n’est plus une ménagère. A part pour ces enquêtes faites par ces machos de publicitaires qui s’intéressent à cette femme que personne ne connaît ni n’a jamais rencontrée : la ménagère de moins de 50 ans !

Plus les textiles se perfectionnent, cessant d’être passifs pour avoir pratiquement un rôle actif, plus ils exigent un lavage précautionneux et adapté. Et moins on a envie de trier, de prendre des précautions. Si c’est ringard de trier le linge, est-ce raisonnable de s’extasier sur un petit carré de textile miraculeux qui boit la couleur égarée dans l’eau de lessive et répare vos bêtises voulues – juste pour voir si ça fonctionne… On abandonne les responsabilités à la machine, aux lessives, aux lingettes, au linge lui-même… ce n’est pas moi qui ai tout mélangé et obtenu un résultat dramatique, ce n’est pas moi qui me suis trompé (e) de programme, qui ai mis trop de lessive, etc… c’est cette saleté de machine qui est nulle…

Aujourd’hui c’est donc, comme d’habitude déjà demain

Le temps plus ou moins long à voir un produit, appareil, méthode ou autre nouveauté pénétrer réellement et profondément le marché dépend de quantité de facteurs, la plupart du temps, imprévisibles. Entre les belles inventions et le moment où cela arrive chez nous, chez tout le monde il y a un long chemin.

On n’aborde les nouveautés technologiques que par l’achat d’une nouvelle machine or ce renouvellement est pratiquement toujours moins rapide que l’arrivée des nouveautés mises sur le marché. Si bien que dans sa vie quotidienne on peut toujours manquer une étape. On m’a même parlé, il y a quelques jours d’une dame bien plus jeune que moi qui fait encore sa lessive en lessiveuse.

On m’a aussi signalé un village où le lavoir fonctionne toujours. Comme autrefois les laveuses ont leur petite attitrée (attention à celle qui s’installerait à la place d’une autre). Ma maman me disait toujours que le premier produit d’entretien du linge, celui qui enlevait, tout seul le plus de taches pourvu qu’on le traite immédiatement et à l’envers (le tachant doit repartir par où il est venu et ça marche particulièrement bien sur les synthétiques), l’eau risque un jour d’être très cher et très rare. Alors que devra-t-on faire ? Que nous proposera-t-on ? Moins laver ? Laver autrement ?

L’apparition de nouveaux lave-linge ou de nouveaux appareils, de nouveaux textiles, de nouvelles lessives qui accompliront autrement des tâches en partie nouvelles dépendent – la capacité (ou – et) la volonté d’une industrie qui est très internationale, mondialisée comme on voudra, à concrétiser la démocratisation du nouveau produit, qu’il s’agisse de machines, de lessives, de textiles, les trois secteurs étant justement parmi les tenant de la mondialisation économique.

Il faut tenir compte :
-    de l’impossible momentané ou définitif
-    de ce qu’on n’avait pas su prévoir ou pas pu
-    des réactions imprévisibles de l’humeur du consommateur
-    d’une utilisation difficile d’un produit ou mal expliquée, ou qui contre trop  des habitudes acquises
-    d’un prix réel ou apparent trop élevé
-    et tout simplement d’un lancement raté


Qu’est-ce qui paraît le plus vraisemblable ?

Pour répondre aux besoins du marché et espérons-le du consommateur :

-    les grands volumes qui vont continuer leur percée pour les maisons surtout, vu les dimensions, notamment pour les couettes, les doudounes, etc…
-    les prix « abordables » donc toujours un ou deux modèles spécifiques ou basiques d’une gamme qui se déclinera en divers modèles spécifiques ou basiques d’une gamme qui se déclinera en divers modèles
-    des appareils innovants, sophistiqués, haut de gamme qui prendront des parts de marché (qui auront plus ou moins de succès), plus ou moins importantes selon les critères d’acceptation
-    des appareils, des méthodes qui devront être capables encore plus qu’aujourd’hui de s’adapter du plus fin et fragile au plus lourd et difficile à laver, de l’angora au jean, que ce soit l’appareil ou l’utilisateur qui prenne les décisions
-    de l’acceptation de nouvelles fonctions
-    de l’évolution des mentalités face au bio, aux impératifs de l’environnement, etc…


Il faut tenir compte

-    de la part prise par tous les membres de la famille dans les taches dites ménagères
-    du retour possible au lavage hors de la maison
-    des réglementations concernant le bruit, les consommations d’eau et d’énergies
-    de la part prise dans nos vies par des matériaux textiles nouveaux souvent issus du sport donc pas forcément acceptés par les secteurs de la mode, encore que…
-    des nouveaux savoir-faire des produits lessiviels et autres additifs
-    des tendances psychologiques de chacun, enfin de la nouvelle culture du linge : irresponsabilité et paresse, nécessité du gain de temps… ou du je ne fais pas, je n’aime pas, je ne sais pas faire…
-    donc peu ou pas de repassage traditionnel après un séchage autant irresponsable que nous le connaissons déjà.

Plus c’est simple et plus ça se complique… plus on devrait penser avant de lancer la machine… Mais elle saura de plus en plus penser à nous, mémoriser nos habitudes comme un four mémorise nos recettes favorites…
Et pour tenter une conclusion…

J’aimerais terminer en disant une fois de plus Adieu mère Denis.
La nostalgie quand il s’agit de tâches (et non pas de taches) aussi pénibles que l’était le jour de lessive de mon enfance n’est jamais de mise. Et c’est pourquoi se souvenir est nécessaire. Les retours en arrière ne sont pas toujours à conseiller comme le remède aux exigences écologiques urgentes. Les technologies ne sont pas forcément condamnables mais elles doivent être dirigées, choisies et les cahiers des charges qui se devraient de régenter les applications pratiques des innovations tous azimuts que nous offrent la recherche et l’industrie, se doivent d’être rigoureux. Comme notre vigilance future. Pour éviter les engouements à tout va. Pour faire des choix logiques, sensés et sages. Eh ! oui, on peut toujours avoir la naïveté de croire à l’impossible !
Bien entretenir le linge n’est plus un bonheur ni un mérite. Et le temps gagné sur une tâche ménagère est toujours bon à prendre pour faire autre chose. C’est ma philosophie – et c’est pourquoi je me suis passionnée professionnellement autour de ce qu’évoquaient les arts ménagers. Pour savoir comment faire vite et bien tout ce qu’il faut assumer au quotidien pour gagner le temps de vivre. Ce n’est pas si mal, non ?

Par Anne-Marie Pajot
Journaliste Arts Ménagers
Ecrivain


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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 15:22
Histoire des lessives et des produits lessiviels


INTRODUCTION

La lessive est de nos jours une opération banale que l’on pratique quotidiennement, sans même y réfléchir. Rien qu’en France, c’est environ 20 millions de lessives qui sont effectuées au quotidien ! Et pourtant, cette tâche simple a été longtemps le cauchemar de générations de femmes, corvée à la fois pénible, malsaine et bien plus polluante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Quand j’ai voulu préparer cette présentation, j’ai d’abord chercher à lui trouver un plan.
Car le sujet est vaste ! L’évolution des produits, des procédés de lavage, des machines à laver, de la nature des tissus… mais aussi les aspects sociologiques, économiques, d’environnement, politiques même.

Affaire de femmes à l’époque, est-ce que la chose est vraiment plus masculine aujourd’hui ?
En tout cas, elle s’est fortement simplifiée et elle ne risque plus de faire vieillir les femmes plus vite que les hommes maintenant.

Je vais à présent tenter de vous donner un petit aperçu de la façon dont la « lessive », prise au sens large du mot, a évolué au cours des temps, produits comme méthodes de lavage, car tous deux sont indissociables.

LES PREMIERS SAVONS

L’art de laver, à travers les siècles et quelque furent les produits et les méthodes employés, ont un point commun. Celui de générer ou d’utiliser du savon, ou plutôt, des tensio-actifs ou, comme on dit maintenant, des agents de surface .

En fait, le développement des savons et les procédés de saponification « in situ » ont évolués de manière concomitante, le savon davantage pour un usage corporel et la saponification à l’aide d’ajout d’alcali, mot d’origine arabe pour désigner la soude ou la potasse, pour la lessive.

 On sait peu de choses sur l’origine du savon et il ne faut remonter qu’à 2500 ans avant notre ère pour en trouver les premières recettes, gravées dans des tablettes d’argile sumériennes, puis sur des papyrus égyptiens.
Ces documents décrivent des formules à base de graisse et de soude naturelle, le Trona, croûtes déposées au bord de lacs salés, ou de cendres de plantes riches en soude ou en potasse. C’est dans l’eau bouillante que la saponification pouvait s’effectuer, encore fallait-il que le lavage soit prolongé !

L’autre « savon », enfin « tensio-actif » utilisé à l’époque, provenait de la tige et des racines d’une plante sauvage, la saponaire, ou de la salsepareille. Ces plantes ont la particularité d’être riche en saponine, un agent moussant naturel, pas très performant mais qu’on utilisait encore au 19ème siècle en Allemagne.  D’ailleurs, on en reparle à nouveau aujourd’hui avec les fameuses « noix de lavage » dont vous avez dû en entendre parlé. Pour la petite histoire, la saponine, en fait, est un heteroside complexe appartenant aux terpènes cycliques ou de stéroïde qui aurait tendance, entre autres méfaits, à être piscicide, c’est à dire à tuer les poissons !

Mais officiellement on attribue la découverte du savon aux gaulois.
D’ailleurs, le mot de  savon  provient du mot gaulois « sapo », un mélange de suif de chèvre, de cendres de hêtre et de jus d’herbes colorantes. En fait, sans doute une teinture rouge destinée à teindre les cheveux de guerriers germains ! Ce sont les romains qui l’adaptèrent, mais pour un usage corporel. Ils lui ajoutèrent un peu de chaux pour le rendre plus solide, le premier pain de toilette , en sommes. On est alors au premier siècle de notre ère.

LES PREMIERES LESSIVES

Mais savons de synthèse et lessives, comme je vous le disais en introduction,  n’ont pas suivi la même route, même si, in fine, l’objectif était le même : générer des tensio-actifs capables de débarasser le corps comme le linge de ses impuretés, surtout graisseuses.

A l’époque, la lessive se faisait avec les pieds. Homère le rapporte et, d’ailleurs, le verbe laver en hiéroglyphe égyptien est représenté par 2 pieds dans l’eau. Et c’est avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint de la laine.
Comme détergent, on utilisait la saponaire ou « herbe à foulons » déjà mentionnée Elle était alors importée de Syrie où elle poussait à l’état sauvage, mais surtout, parce que moins coûteuse, de l’urine humaine fermentée, donc riche en ammoniaque. On comprend alors qu’il valait mieux y tremper les pieds que les mains !
Pour la petite histoire, c’est de cette époque que vient le slogan « Pecunia non  olet » ( l’argent n’a pas d’odeur ), répartie de l’empereur Vespasien à son fils Titus, choqué par la décision de son père de taxer l’urine collectée chez les passants des rues de  Rome et revendue aux foulons.

Autre produit de foulage ou « foulonnage » utilisé à l’époque pour dégraisser les draps, la craie. Celle de Sardaigne ou mieux, de l’Ombrie, avaient la préférence. Le linge était ensuite soumis à une fumigation de soufre pour le blanchir.

En fait, c’est la nature du textile qui ferra passer la pratique du foulage à celle de la lessive proprement dite. Appropriée pour les lainages riches en suint, les produits de foulon comme la craie devinrent inefficaces  pour le lavage du chanvre, du lin du coton ou de la soie.
Aux bacs des foulons succédèrent les cuves à lessive et la lavandière remplaça le foulonnier.
Evolution lente, mais qui aboutira au 13ème siècle à une séparation des tisserands en 2 corporations distinctes:  les tisserands de langes (étoffe de laine) et ceux de linge (chanvre et lin). Pour laver ce premier, plus populaire, on utilisait de la cendre, de bois ou de varech, riches en alcali saponifiant. Par contre, pour le linge en lin ou en soie, on les lave au savon, mais c’est uniquement l’affaire de la noblesse et de la bourgeoisie car ces textiles, à l’époque, coûtaient très chers.
Et parmi les savons, le plus fameux fut celui fait à Marseille, mais nous reviendrons sur son épopée un peu plus tard, dans le chapitre consacrée à la fabrication du savon.


LES GRANDES BUES

C’est surtout avec l’arrivée des grandes buées à la fin du 16ème siècle que le lavage du linge prit son tournant. On le lavait au cours d’une journée qui lui était consacrée, sur du linge sali pendant plusieurs mois. Cela se pratiquait en général au cellier de la maison.

- La veille du jour de buée, on trempait le linge dans l’eau claire et courante d’une rivière pour le débarasser des « sanies ». On disait alors qu’on « essangeait » le linge.

- Puis venait le lavage. Dans une grande cuve, on mettait le linge, mais pas n’importe comment ! D’abord, il fallait le trier (on ne mélange pas les torchons avec les serviettes).

- Puis venait « l’encuvage », tout un art consistant à tasser le linge au maximum pour ne laisser aucun passage par où la lessive pourrait s’écouler sans traverser les tissus : on mettait les petites pièces au fond, puis les plus grosses. Enfin, on tassait le linge, parfois en le foulant au pied.

- Dans un chaudron, on faisait bouillir de l’eau de pluie qu’on jette ensuite sur des cendres. L’eau se charge alors d’un corps saponifiant, les alcali, soude donc et/ou potasse.

- S’en suivait  l’opération de coulage. Souvent d’abord effectué à l’eau froide, on le répétait jusqu’à ce que l’eau ressorte claire de la bonde : une sorte de prélavage.

- On plaçait ensuite une forte toile (le charrier) au dessus du linge pour le protéger. Il servait en quelque sorte de filtre pour retenir les cendres et ne laisser passer que le produit lessiviel bouillant. C’est le coulage à chaud. Cette eau est versée sur le linge dans la cuve. Le composant saponifiant s’allie alors avec la crasse, la détache et la rend soluble à l’eau de rivière.
En fait, l’opération est effectuée plusieurs fois : après avoir traversée le linge, l’eau tiédie et salie s’écoulait goutte à goutte par la bonde bouchée d’une poignée de paille, la « pissette », puis recueillie à l’aide d’une sorte de louche, le « cassin », réchauffée et recyclée au sommet du cuvier. Il faut admettre que ce procédé avait pour résultat, non d’éliminer la saleté mais plutôt de la répandre sur l’ensemble du linge. Du moins était-elle devenue plus soluble pour être ensuite éliminée dans l’eau de la rivière.

- Venait ensuite le battage du linge sur les bords de la rivière ou dans le lavoir. C’est l’opération du « retirage » du 4ème jour et qui inspirât tant nos peintres  que nos écrivains.
La  réalité est cependant beaucoup moins poétique ; c’était le fruit d’un effort harassant durant toute une journée : portage de charges de linge humide très lourdes, dégorgeage à l’eau courante, savonnage en froissant le linge ou mieux, à l’aide d’une brosse, le « chient » ou d’un battoir en charme ou châtaigner.

- Venait éventuellement ensuite l’opération d’azurage, d’abord effectuée à laide de feuilles de pastel ou guède alors cultivé dans le sud de a France, puis d’indigo ou Ynde, importé d’orient, puis d’indigotin d’Afrique Méridionale ou des Antilles. Plus tard, les toiliers du Nord et de Bretagne lui préférèrent le bleu de Prusse. Aujourd’hui, c’est le rôle des azurants optiques.

- L’amidonnage est pratiquée parfois ; il est  surtout utilisé pour rêchir  cols et manchettes des chemises puis, surtout sous le règne d’Henri III, les plis des fameuses fraises.

- Enfin, venaient le blanchissage et le séchage. Pour cela, on étendait le linge au soleil, en plein champ et on lui faisait subir toute une série de manipulations pouvant durer de 2  à 3 jours.
Le linge, à peine sec, était arrosé à nouveau, retourné puis arrosé encore et re-retourné, plusieurs fois ainsi et en priant Dieu qu’il ne pleuve pas pendant l’opération…

Une grande buée comptait en moyenne 70 draps et autant de chemises ; elle durait plus d’une semaine. Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’en 1940.

LA FABRICATION INDUSTRIELLE DU SAVON

Enjeu économique majeur, l’histoire de la fabrication du savon a été une véritable épopée qui remontrait au 8ème siècle mais dont il est difficile d’en attribuer la paternité : de chimistes arabes ?, génois ?, espagnoles ? ou aux Marseillais,100 ans après…A ces époques, on ne déposait pas de brevets !
Ce qui est sûre, c’est qu’on leur doit d’avoir fortement améliorer sa qualité et son procédé de fabrication en remplaçant les graisses animales alors utilisées par de l’huile d’olive et surtout l’alcali des cendres par l’ajout de soude ou de potasse caustique.

Les grandes places savonnières d’alors étaient Venise, Gênes, Tirana, Alicante, Malaga et, bien sûre, Marseille. La compétition était farouche. Et qui dit compétition, dit innovation ! Mais ce qui probablement a permis à Marseille de triompher c’est…le parfum grâce à l’emploi de plantes odoriférantes de l’arrière pays de Provence !

En fait, ce qui permis une véritable démocratisation du produit, on le doit à 3 progrès scientifiques majeurs .

- Tout d’abord, celui dû aux travaux d’Eugène Chevreul, disciple de Lavoisier, qui sous la protection de Louis XIV, perça les mystères de la saponification. En 1823, il en  isola la glycérine et différencia les acides gras donnant ainsi les bases scientifiques à cette industrie et à celle de la bougie.

- L’autre fut la découverte de l’art et la manière de faire de la soude « factice » , c’est à dire de synthèse : une invention pleine de péripéties, de tragédies, miroir de l’histoire et des temps agités que connurent ces époques.
Les guerres révolutionnaires et l’isolement de la France qui en résultat en furent sans doute le catalyseur. D’abord avec ce concours émis par l’Académie Royale des Sciences en 1773 et remporté par Nicolas Leblanc. Le procédé consistait à mélanger du sel marin avec de l’acide sulfurique pour former du sulfate de soude auquel on ajoutait de la craie et du charbon. Le tout était alors calciné puis, après dissolution dans l’eau et évaporation, on obtenait des cristaux de soude. Hélas, Leblanc manquait de ressources et pris comme sponsor le Duc d’Orléans : un mauvais choix en période révolutionnaire !
Le Duc, qui devint Philippe Egalité, fut arrêté, exécuté et ses biens confisqués .
Conscient de l’importance économique de cette soude factice pour de nombreuses industries, dont celle du verre, l’idée de faire appel aux scientifiques de tous bords fut reprise par le Comité de Salut Publique, mais au nom du patriotisme cette fois.
Leblanc y répondit et révéla son secret ; il récupéra son usine de St Denis, mais sans ressource pour la remettre en état ; il tomba dans la misère et finit par se suicider en 1806.
Le procédé fut repris par St Gobain, mais c’est en 1865 que le procédé fut fortement amélioré par le belge Solvay. Je vous en épargne le « comment ».

- Le troisième progrès majeur a touché l’art mais surtout l’outillage de production. Au 17ème siècle déjà, quoique encore assez empirique, on avait dépassé le stade artisanal de fabrication. Mais c’est la compétition entre les pays producteurs (Angleterre, Hollande, Allemagne et même le Nord de la France) qui amenèrent cette industrie à produire au meilleur rendement et à plus bas coût, évidemment.
Mais à cette époque, l’objectif principal était de débarrasser de son suint la laine importée de contrées lointaines, comme l’Australie. C’était avant tout des savons à base de potasse, donc liquides alors que celui de Marseille, à base de soude, était solide. Mais plus tard, ils utiliseront de la chaux vive qui, en décomposant le carbonate de soude, libère de la soude caustique. Enfin, le meilleur des savons était celui dit « marbré », plus chargé en sel et plus dur que le blanc.

L’histoire du savon de Marseille est jalonnée de fraudes, d’abus et de malversations de tous genres, comme celle de surcharger le savon en eau pour le rendre plus lourd, l’ajout de matières inertes (amidon, talc, farine…), l’emploi d’autres huiles que celle d’olive, la production en période prohibée (l’été). Tout cela finit par provoquer une révolte dans les années de 1790. Vint ensuite la pénurie en savon, les restrictions et les bons de savon, précurseurs des tickets de rationnement des  dernières guerres.
Mais c’est avec le lancement du savon « pré-emballé » Sunlight par les frères Lever en UK que le savon devint un véritable produit commercial de qualité et se démocratisa sur un marché qui allait vite devenir international, voire global.


DU BLANCHISSAGE AU BLANCHIMENT

L’épandage du linge au grand air et au soleil, praticable à la campagne, n’était pas utilisable en ville. A la place, il existait aussi le procédé à la vapeur, importé d’Extrême Orient, développé par Monnet et perfectionné par Chaptal. Ce procédé consistait avant tout à débarrasser les étoffes des colorants naturels présents dans la matière dans son état brut. Le linge passait dans une succession de bacs équipés d’ailettes (ou pataugeurs) qui brassait le linge sale. Dans le premier, juste de l’eau pour une première élimination. Les bacs suivants remplis d’eau chaude contenaient de la soude ou de la potasse, rendues caustiques par de la chaux. Après un certain temps de brassage, le linge était placé sur un cône ajouré, de grande surface et que l’on coiffait d’un autre cône en cuivre plein. Une chaudière emplie d’eau en ébullition placée dessous imprégnait sans cesse le linge de buée. On faisait alors dégorger le linge par pression puis on le séchait dans des séchoirs à air chaud.
Chaptal introduisit ce procédé dans les toileries mais c’est Curaudau qui fait passer ce procédé, alors industriel, à un appareillage domestique de blanchissage, proposant diverses tailles pouvant traiter 250 kg de linge à 50 kg.

C’est vers la même époque, en 1785 plus exactement, que le chimiste Berthollet mit au point un agent de blanchiment à base de chlore, la fameuse eau de Javel. En fait, ce fut une adaptation astucieuse d’une découverte faite 11 ans plus tôt par le suédois Scheele : celle de l’acide muriatique oxygénée.
Cette découverte révolutionna cette industrie. En fait, il travailla à en trouver le juste dosage d’hypochlorite pour qu’il blanchisse sans trop user et à le stabiliser grâce à du carbonate de soude. Il effectua également toute une série d’essais sur différents types de fibres et tout cela dans un petit village proche de Paris du nom de Javelle. Depuis, ce village est devenu un quartier de Paris, métro Javel.
Rapidement, cette eau de Javel va passer de l’usage industriel à celui de la blanchisserie, pour devenir l’arme secrète contre les taches, une arme à manipuler avec précaution car utilisée en excès, elle brûle les tissus au lieu de les blanchir.

 L’ARRIVEE DES LESSIVES DE SYNTHESE

La lessive à usage domestique, jusqu’à encore peu de temps, est très rudimentaire : un mélange de cristaux de soude et de la lessive composée. Il faudra attendre la dernière décennie du 19ème siècle pour voir apparaître les premières marques : formules simples à base de carbonate, silicate, soude caustique et d’acide oléique. Parfois la lessive contient des ingrédients plus curieux comme de la résine ou du varech séché pulvérisé. Citons le Salsonade, le Sodex, la Buanderine et surtout, la plus connue de l’époque, la lessive Phénix… l’oiseau qui renaît de ses cendres !

Mais ce n’est seulement qu’au XXème siècle que les premiers savons de synthèse vont  prendre leur domination. Début assez lent, les choses vont s’accélérer au cours de la deuxième moitié du siècle, une véritable saga !
Mais voyez plutôt :
C’est le 22 Février 1906 que Jules Ronchetti déposa la marque de la première lessive pour laver le linge « autoactive », Persil, une contraction de perborate (agent de blanchiment oxygéné) et de silicate. La marque fut rachetée en 1907 par l’allemand Fritz Henkel mais cédée en 1917 aux Savonneries Lever en Angleterre. Et c’est en 1932 que la marque conquiert l’Hexagone, avec un fort soutien publicitaire, répétitif, ponctué de slogans qui restent encore aujourd’hui à la mémoire : Persil lave tout tout seul, la blancheur Persil…
Mais c’est aux USA que fut lancé en fait la première lessive à base de détergent de synthèse, l’alkylbenzènesulfonate. Ce fut en 1946,par P&G et sous la marque Tide.
En France, il fallu attendre 1952 pour voir arriver la première lessive sans savon, avec le lancement en fanfare, sur le Champs de Mars, d’Omo (Lever) : « Omo est là et la saleté s’en va ! ».
Avec l’arrivée des première machines à tambour rotatif, il fallait développer des lessives non ou peu moussante. Et c’est en collaboration avec des fabricants de machines à laver que Lever élabora puis lança Skip en 1959, la lessive « recommandée par 49 marques de machines à laver ».
Puis vint le lavage biologique avec le lancement d’Ariel poudre (P&G) et d’Ala (Lever), la lessive aux enzymes gloutons. Perçue trop « voraces » par les consommateurs, Lever dû faire marche arrière et renonça à la marque…mais pas à la technologie.
Autre tournant majeur, encore une fois à l’initiative de Lever, celui du lavage à plus basse température rendu possible dès 1978 grâce à l’introduction d’un agent précurseur de blanchiment dans Skip : le TAED ou tétraacétyléthylènediamine.
Par contre, la première lessive sous forme liquide, nous la devons à Procter avec le lancement de Vizir en 1982, suivi très vite par le lancement de Wisk en 1983 par Lever…
L’allemand Henkel, de son coté, se voyant interdire de commercialiser sa marque Persil sur le marché français, racheta la marque Le Chat et occupa  le créneau de l’écologie  avec le lancement en 1989 de la première lessive en poudre sans phosphates.
Il y eut ensuite les lessives concentrées, « Micro » ou autres « Ultra », mais qui ne connurent pas un grand succès car jugées « trop chères pour si peu ». En fait, les consommateurs, habitués à doser de gros volumes de poudres plus légères ont eu tendance à surdoser les produits concentrés. D’où une surconsommation de lessive et un coût au lavage plus élevé !
Lever eut alors l’idée de compacter cette poudre, pour en faire un produit prédosé et lança en 1998 les premières pastilles ou tablettes : « la propreté au meilleur de sa forme ». Ce fut cette fois un succès, vite imité par ses concurrents!
Il y eut ensuite les lessives liquides prédosées, sous forme de capsules hydrosolubles que Procter et Lever lancèrent à peu près en même temps en 2002 et, encore plus récemment, le lancement en 2005 d’une tablette associant une poudre compactée à un gel détachant : Skip Actigel.
Et ce n’est pas fini : Lever nous prépare une nouvelle innovation de rupture pour ce début d’année, un produit en ligne avec l’évolution du marché des lessives, plus « éco-citoyen » et qui offrira encore plus de praticité. Mais je ne peux pas encore vous en dire plus.

CONCLUSION

LA PROPRETE : VICE OU VERTU ?

Pour conclure, je voudrais vous lire ce qu’écrivait Cadet-de Vaux dans la brochure qu’il rédigea en 1805 à la demande de Chaptal et intitulée « L’instruction populaire sur le blanchissage domestique à la vapeur ». C’est en fait un traité sous forme de dialogue entre une blanchisseuse  et une maîtresse de maison. La blanchisseuse : « Mais de quoi se mêlent ces maudits savants là, eux qui n’ont jamais blanchi de vouloir nous apprendre à blanchir, nous qui de mère en fille blanchissons !». Et la réponse de la maîtresse de maison : « Je vais vous l’apprendre. Ils se mêlent de vous économiser la dépense, le temps, la peine, les soins et surtout de conserver votre santé qu'altère une tâche si pénible et c’est de la reconnaissance que vous devez à ces savants là ! ».



Daniel Berthod
Responsable Technique des Produits d’Entretien
UNILEVER FRANCE

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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 15:21
De la machine à laver à manivelle au lave-linge a puce
au Salon des Arts ménagers


Parler de l’évolution d’un type d’appareil au Salon des Arts Ménagers, c’est d’abord rappeler que cette manifestation est née de la volonté d’un homme, Jules-Louis Breton (1872-1940), à la fois homme politique, inventeur et chercheur . L’étudiant du Collège de France qui participe à la constitution du groupe des étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes de Paris et fonde la revue, « Le drapeau rouge » en  1892, devenu directeur de l’Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions créé en 1922, conscient des limites de l’action révolutionnaire, est désormais convaincu que la réforme sociale passe par la diffusion du progrès technique.
Le but du Salon est double : soutenir et favoriser les industriels français (concurrence allemande et américaine en particulier) ; informer le public sur les techniques nouvelles susceptibles de pallier à la crise ancillaire et soulager les femmes de plus en plus nombreuses qui travaillent hors de chez elles, et  participer à sa formation.
Ceci dans un climat dominé par un souci d’hygiène alors que le monde sort d’une épidémie de grippe espagnole particulièrement dévastatrice  et que la tuberculose fait encore 150.000  victimes par an. Machines à laver le linge, machines à laver la vaisselle, réfrigérateurs, aspirateurs… sont considérés comme des appareils d’hygiène.
La machine à laver Conord de 1931, qui fait bouillir le linge, à l’instar – croit-on – de la lessiveuse, s’impose face aux appareils américains sans source de chauffage (l’eau chaude est fournie par le chauffe-eau, mais bien peu de foyers français en sont équipés !).
L’apparition de la machine automatique Bendix en 1949, qui accomplit son cycle de lavage sans intervention manuelle, est l’événement majeur d’après-guerre en matière de lavage du linge : on ne rêve plus de buanderie collective dans les immeubles et les premiers « salons de lessivage » sont ouverts au public .
Les Arts Ménagers ne se limitent pas au matériel d’équipement, les présentations vont de l’urbanisme et de l’architecture au plus modeste objet, en passant par les cuisines, le sanitaire et l’ameublement. Ils se préoccupent d’esthétique  et naissent en son sein, autour de 1950, les deux premiers organismes de promotion du design en France .
Dans les années 1950, la machine à laver, jusque là de toutes formes, devient « bloc » ; elle s’intègre entre les meubles bas de la cuisine, son dessus fait table de travail, elle s’habille aux couleurs du mobilier ; elle est étroite parce que les cuisines sont petites, parfois peu profonde pour s’adapter aux cuisines-couloirs.
A partir de 1955, l’« Etat providence » revient, garantit contre les aléas de la vie et permet donc au foyer de s’équiper . La machine à laver, dont le prix baisse régulièrement, est devenue l’achat privilégié des milieux populaires jusqu’au jour où les difficultés engendrées par la guerre d’Algérie pousse l’Etat, à la veille du Salon de 1958, à diminuer les allocations, à réduire les modalités du crédit, à porter le taux de la TVA à 27,5 sur les appareils ménagers, véritable taxe de luxe que seules les machines à laver supporteront  jusqu’en 1962.

L’élan est temporairement brisé  alors que le principe de la machine à tambour l’emporte sur les autres systèmes , seul capable d’assurer l’essorage et donc l’automatisme intégral. C’est le temps des machines semi-automatiques ou à double cuve vantées par les distributeurs parce que moins chères et techniquement moins complexes aux vues du service après-vente.
En 1967, la lessive aux enzymes « gloutons » bouleverse à son tour le cycle de lavage : elle nécessite un temps de lavage plus long et surtout une température inférieure à 60 degré. C’en est fini de faire bouillir le linge.
Dans le même temps, les journées de mai 68 mettent en avant des idées qui sont déjà dans l’air : protection de l’environnement, souci d’éviter le gaspillage d’énergie et d’eau. La lessive aux enzymes est dite biologique, les lave-linge (nouvelle appellation à partir de 1969) ont des cycles biologiques, la touche « éco » devient le cheval de bataille des constructeurs, la mère Denis, lancée par Laden en 1972, symbolise paradoxalement le retour à la nature…
La crise pétrolière consécutive à la guerre du Kippour (1973) ne fait que renforcer ces tendances et l’Agence pour les économies d’énergie relance la lutte contre les « gaspis ».
Après les « trente glorieuses », la plupart des innovations en matière de lavage du linge iront dans ce sens. L’événement majeur sera l’introduction du microprocesseur (la puce) dans un lave-linge de Miele en 1979.

Par la confrontation des appareils exposés, le Salon a incontestablement atteint son premier but en stimulant les industriels. Mais il a surtout contribué à l’information et à la formation du public, directement ou indirectement, l’afflux des visiteurs ne pouvant avoir qu’une influence limitée, aussi important qu’il soit.
Avant guerre, il participe au développement de l’enseignement ménager et des écoles ménagères (les fabricants donnent des appareils pour fidéliser les utilisatrices à leur marque), allant jusqu’à envisager, en 1937, la création d’un Institut d’Université des sciences domestiques. Il lance le concours de la meilleure ménagère en 1936, transformé en concours de la « fée du logis » après guerre, et qui compte jusqu’à 100.000 candidates.
Par le lancement de la revue « L’art ménager »  dès 1927, suivie des éditions Arts ménagers dont la première publication est « Le lavage du linge » par Paulette Bernège, il informe un large public des progrès réalisés en matière d’art ménager.
Le Salon participe à l’information et à la protection du consommateur avec l’Association française pour la normalisation (AFNOR), dont toutes les commissions ayant trait à l’équipement et à l’aménagement de la maison sont présidées par Paul Breton,  commissaire général. Il lance le concours de la meilleure notice d’emploi d’un appareil ménager en 1969 et oeuvre à la création de l’étiquetage informatif apparu en 1974.
Le Salon est le prétexte à une vaste et longue saison ménagère, lancée par les grands magasins et distributeurs, soutenue par une campagne publicitaire des fabricants, relayée par les médias. Des Salons « Arts ménagers » sont organisés dans les villes de province, en Afrique du Nord et à l’étranger (Belgique, Italie, Suisse).
Le rappel du rôle du Salon, véritable institution, peut paraître éloigné de l’évolution du lave-linge. Il n’en est rien car celui-ci, dans toutes les actions menées, tient une place privilégiée en tant que substitut à l’ancestrale corvée de la lessive. Ce rôle, le Salon n’a pu efficacement le jouer que parce qu’il procédait d’un esprit ; parce que, propriété du CNRS, il bénéficiait d’une indépendance et d’une autonomie financière  qui lui permettaient de prendre les initiatives les plus susceptibles de répondre aux intérêts des industriels et des usagers.

Par Jacques Rouaud
Président de l’Association Arts Ménagers
    

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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 15:10
Le Textile Face aux Taches et aux Lavages.


1.    Les vêtements et les fibres à travers les siècles
L’histoire du vêtement débute à la préhistoire. Le vêtement correspond initialement au besoin de l’homme de se protéger du froid. Les vêtements jouent aussi un rôle social et religieux. Confectionné à partir de peaux de bêtes, il évolue vers des tissus à base de fibres naturelles végétales : chanvre, lin, coton, ou animales : laine, soie,…
A partir de la fin du 19ème siècle, apparaissent les fibres artificielles, rayonne, viscose, acétate de cellulose, puis les fibres synthétiques, polyester, polyamide vers la moitié du 20ème siècle. Les vêtements sont plus agréables au porter et beaucoup plus faciles d’entretien. Pour obtenir des vêtements encore plus souples, près du corps, agréables au toucher, on développe dans les années 1980-90 des fibres élastiques et des microfibres. Ces fibres sont très souvent associées en mélange avec les fibres traditionnelles. Depuis une dizaine d’années apparaissent les vêtements adaptables et multifonctionnels. Les nouveaux textiles permettent de réguler la chaleur : réchauffer lorsqu’il fait froid ou rafraîchir lorsqu’il fait chaud, ils sont imper-respirants, c’est à dire qu’ils empêchent l’eau de pluie d’imprégner les tissus mais laissent passer la transpiration. Des fonctionnalités complémentaires sont intégrées dans les vêtements, par exemple des crèmes hydratantes, des agents anti-stress, ou des diodes électroluminescentes. Parallèlement, un retour aux fibres naturelles et au biomimétisme s’amorce pour répondre au besoin d’exigences écologiques.

2.    Les textiles face aux taches
Les textiles qui constituent les vêtements sont constitués de fibres, assemblées entre elles. Cet assemblage n’est pas compact, c’est pourquoi les textiles sont poreux, leur porosité allant de 60 à plus de 99%. La présence de pores confère aux tissus leur propriété essentielle de confort thermique : l’air présent dans les pores joue un rôle d’isolant thermique, et il permet aussi l’échange de transpiration du corps vers l’extérieur. Cependant, cette porosité génère l’absorption des taches par les tissus. Plus précisément, c’est la capillarité, qui conduit à l’aspiration et la rétention des taches. Pour vaincre cette rétention, lors d’un lavage il faut que l’eau et la lessive puisse circuler dans ces pores. Ceci explique les opérations lourdes pour forcer la circulation de l’eau pendant les lavages: brassage, battage, ….Avec les nouveaux textiles, les phénomènes de capillarité sont amplifiés et la difficulté de lavage s’accroît du fait du mélange des fibres dans les tissus.

3.    Les nouveaux textiles destinés à les protéger des taches
Les industriels du textile ont développé de nouveaux traitements de finition des tissus pour répondre au besoin de facilité d’entretien. Ces traitements sont réalisés par les ennoblisseurs textiles. Ils consistent soit à enrober chaque fibre d’un traitement, soit à déposer des microcapsules sur les fibres, sans modifier les caractéristiques des tissus, en particulier leur douceur et leur souplesse. Ces traitements sont permanents, c’est à dire qu’ils ne doivent pas être éliminés lors des lavages.
Les traitements anti-taches consistent à déposer un polymère fluoré à la surface des fibres pour supprimer la capillarité et repousser les taches. Ils sont commercialisés depuis plusieurs années et évoluent vers des traitements dits « effet Lotus » où s’ajoute une nanorugosité de la surface qui amplifie l’effet et permet une élimination facile des taches par l’eau.
Les traitements anti-odeurs, développés ces dernières années, reposent sur 3 principes :
•    soit la diffusion de parfum à partir de micro-capsules ou de nano-cages de cyclodextrine
•    soit le piégeage des odeurs par la cyclodextrine, elles doivent être ensuite « vidées » lors des lavages
•    soit la suppression de la prolifération des bactéries responsables des mauvaises odeurs par un traitement anti-bactérien
Les traitements dits « soil-release » consistent à favoriser le lavage des tissus synthétiques en particulier vis à vis des taches grasses. Ils consistent à rendre hydrophile la surface, les fibres acquièrent alors un comportement similaire au coton vis à vis des taches. On trouve très fréquemment sur le marché des vêtements composés de fibres de polyester « hydrophile ». Cette propriété améliore également le confort par rapport à la transpiration. Cependant, ces textiles se tachent également très facilement. Un traitement couplé anti-tache/soil release a été développé avec lequel la surface des fibres s’adapte à son environnement : les taches sont repoussées dans l’air mais une fois dans l’eau les fibres deviennent hydrophiles. Aujourd’hui, ce traitement n’est utilisé que pour quelques vêtements professionnels.
Le traitement autonettoyant est en cours de développement dans les laboratoires de recherche : les fibres sont enrobé d’une substance qui catalyse les réactions de dégradation des taches au contact de la lumière.

4.    conclusions
L’évolution des textiles conduit donc à des produits de plus en plus sophistiqués répondant aux besoins de bien-être des personnes. La complexité du lavage des textiles s’accroît.
Les nouveaux traitements des textiles essaient le faciliter le lavage en s’appuyant sur
•    Les nanotechnologies
•    Le bio mimétisme
•    Les fibres naturelles.


Bibliographie (décembre 2006)

http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier585-4.php
http://www.active-textiles.com/ActiveTextiles/index.html
http://www.scienceinthebox.com/fr_FR/research/originsofdirt_fr.html
http://www.ensad.fr/journal/journal19/materiaux.htm
http://www1.carrefour.fr/animations/2005_11_vetements.pdf
http://www.la-federation.com/Etudes/TexFutur.pdf


Par Anne Perwuelz – Professeur -
ENSAIT : Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles
Laboratoire GEMTEX : Génie et Matériaux Textiles

 
Par exposition jours de lessive - Publié dans : Compte rendu des conférences
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