La lessiveuse à champignon

Publié le par exposition jours de lessive

           La lessiveuse fut longtemps considérée comme l’ultime progrès réalisable en fait de lessive domestique. On l’offrait souvent comme cadeau de mariage. La plupart des livres d’enseignement ménager recommandaient encore dans les années 1940 l’usage de la lessiveuse. Si elle mit du temps à s’implanter, (commercialisée vers 1870 et surtout vers 1880, atteignant les campagnes vers 1900) on en trouvera encore en action dans les années 1960 !
 

              Elle a pour origine un cuvier à projection permettant une ébullition dite simple, mis au point au début du XIXè siècle par Widmer à la manufacture de Jouy pour les toiles. Le principe de cette méthode consiste à faire refouler la lessive bouillante par la pression de la vapeur que l’ébullition dégage. Cette pression, s’exerçant sur la surface du liquide, la force à s’élever dans un tube et à se déverser en nappe au dessus du linge.

 

En 1837, René Duvoir et Ducoudun perfectionnent le système en séparant le cuvier de la chaudière où se produit l’ébullition, mais toujours pour les laveries industrielles. Dans les années 1860, des fabricants miniaturisent et simplifient les procédés industriels de Duvoir et Ducoudun et proposent la savonneuse à circulation, c’est à dire la lessiveuse à champignon, buanderie domestique ou appareil pour le lessivage par affusion de vapeur, avec foyers au bois ou au charbon.

 

La lessiveuse en tôle galvanisée est un récipient légèrement conique muni d’un double fond percé de trous et sur lequel est soudé, au centre, un tube injecteur en tôle galvanisée, terminée par un champignon. Un disque grillagé ou un anneau muni de quelques crochets disposés au-dessus du linge, l’empêche de se soulever lors de l’ébullition.

 
 

L’introduction de la lessiveuse s’accompagne de l’accroissement de l’utilisation du coton, remplaçant la toile de chanvre. Le rythme des lessives devient hebdomadaire. Elle évite aussi de mélanger son linge à celui des autres : dorénavant, on lave son linge sale en famille.

 

La lessiveuse arrive au bon moment. En effet, après la défaite de 1870, la santé publique apparaît comme un des éléments du relèvement de la France. Faire bouillir, c’est désinfecter au moment où Pasteur consacre son œuvre aux maladies infectieuses, et où Koch est à la veille de découvrir le bacille de la tuberculose (1882).

 

On doit d’ailleurs aux lessiveuses l’expression « faire bouillir le linge » parce qu’elles nécessitent l’ébullition de l’eau lessivielle pour la faire monter par le tube injecteur, mais le linge, isolé du fond du récipient, ne « bout » pas.

 

Avec la lessiveuse, il n’est pas nécessaire d’essanger le linge, il suffit de le laisser tremper dans l’eau froide ou tiède. Puis on dispose sur le fond de la lessiveuse le savon en copeaux et les cristaux dans la proportion de 250 g de savon et 50 g de cristaux pour 10kg de linge sec, ou bien de la lessive préparée et vendue dans le commerce, ou de la cendre de bois enveloppée dans un sac en tissus serré et solide.

 

On place le double-fond sur lequel on étend d’abord le gros linge, puis le linge plus fin, enfin le linge fin. On verse sur le tout quelque litre d’eau, on ferme hermétiquement et l’on place la lessiveuse sur le feu. Dès que l’eau commence à bouillir et augmente de volume, la lessive s’élève par le tube central et se répand par le champignon sur le linge.

 

Au bout d’une heure et demi à trois heures, celui-ci est blanchi et stérilisé. Sorti de la lessiveuse, le linge est lavé dans un baquet ou à la rivière, avec une planche à laver et un battoir, puis rincé à l’eau tiède et azuré pièce par pièce, dans un baquet où on a fait dissoudre dans l’eau de l’indigo en boule.

 

On le tord et l’étend avec des pinces à linge.

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