Culture du linge et innovations

Publié le par exposition jours de lessive

Dans la revue Arts Ménagers de juillet-août 1950, la publicité Bendix prend pour titre : « Faut-il faire bouillir le linge » :

 

« Faut-il faire bouillir le linge ?

L’habitude de faire bouillir le linge pendant plusieurs heures, de le frotter à la brosse, de le tordre, en un mot de la torturer pour le blanchir, est si bien ancrée dans notre concept du blanchissage, qu’on admet difficilement qu’une machine à laver moderne puisse prétendre à la réussite, sans ébullition de la lessive.

L’ébullition, née il y a cinquante ans à peine avec l’invention de la lessiveuse, était une nécessité pour le fonctionnement sous pression de cet appareil primitif et sans moteur. Cette habitude récente est contredite par des siècles d’expérience française, durant lesquels de simples savonnages suivie d’un « coulage » au cuvier nettoyaient et blanchissaient le linge d’excellente façon, sans jamais le faire bouillir. Quant à l’illusoire stérilisation du linge par l’ébullition, mieux vaut n’en point parler, puisque la stérilisation parfaite ne peut être obtenue qu’à des températures bien supérieures à celle de l’ébullition à l’air libre : la chimie moderne a créé des désinfectants énergiques dont quelques gouttes suffisent à assurer une stérilisation satisfaisante.

Dans la blanchisseuse Automatique BENDIX, la circulation de la lessive à travers les fibres des tissus est obtenue par un brassage continu du linge dans le panier laveur : 60 fois par minute, le linge est élevé hors de l’eau et retombe dans l’eau savonneuse. En évitant tout frottement sur des parties métalliques, la BENDIX savonne efficacement le linge, exactement comme s’il était lavé à la main, mais à une température difficilement concevable pour un lavage manuel (80°). L’efficacité de ce procédé est encore accrue par le trempage.

Au reste, l’expérience a permis de démontrer qu’il n’y a pas de différence qualitative entre deux lavages mécaniques, l’un à 100°, température de l’ébullition et l’autre à 80°. En outre, 80° est la meilleure température pour que le savon mousse et nettoie bien, avec cette autre température avantage appréciable, pour le linge blanc aussi bien que pour le linge de couleur : la conservation dans leur intégralité des fibres textiles et des teintes d’origine.


Reprenant les principes de la « méthode du cuvier », aux temps heureux des éblouissantes lessives, la Blanchisseuse Automatique BENDIX allège au maximum le travail de la « ménagère ». Aucune intervention manuelle n’est désormais nécessaire entre le chargement de la machine avec du linge sec, et l’enlèvement du linge parfaitement égoutté, blanc et propre. En cinquante minutes, BENDIX trempe, lave et, par trois fois, rince et essore sans jamais que les mains touchent l’eau. »

 
Publicité de Bendix
Les Arts Ménagers
Juillet-août 1950
 
 

La question de faire ou non bouillir le linge est typiquement française. Elle renvoie à une conception de la saleté et de l’hygiène qui est propre à notre culture. La propreté est différente de l’hygiène. Le propre c’est depuis plus de trois siècles le blanc et l’absence de tache.

 

La notion d’hygiène quant à elle, est apparue au XIXème siècle avec la révolution industrielle et les découvertes de Pasteur. Les hygiénistes ont lutté contre l’insalubrité des logements, développé une moralité extrêmement forte et ils ont promu le développement de l’hygiène. C’est à ce moment là que l’ébullition devient un moyen de tuer les microbes.

 

Aussi, toutes les machines à laver devaient pour les Françaises faire bouillir le linge. Cette culture du linge à la française est à l’origine d’une véritable confrontation entre les machines à laver « françaises » et « américaines » autour de trois questions clés : la température de lavage, l’automatisme intégral et le système de lavage.

 

La machine à laver américaine Bendix est apparue au lendemain de la guerre et a été exposée en France au Salon des Arts Ménagers de 1948. Elle apparaissait au sommet de la technologie parce qu’elle était automatique et ne faisait pas bouillir le linge. Les Américains assimilaient en effet la propreté, moins à l’élimination des microbes qu’à l’absence de taches. D’autre part, ils n’avaient pas à ce moment là, le même rapport au linge.

 

La Bendix avait deux robinets : un robinet d’eau chaude qui venait du chauffe-eau et un robinet qui venait de l’alimentation en eau froide. L’eau qui arrivait du chauffe-eau se refroidissait au fur et à mesure. C’est l’inverse de ce que souhaitaient les Françaises : elles commençaient par faire bouillir l’eau et progressivement lorsque le linge avait bien bouilli le sortaient, le frottaient et le lavaient à l’eau froide.

 

La question renvoie donc notre culture du lavage et de l’hygiène face aux changements de nature des textiles, de leurs valeurs et enfin des lessives.

 

L’autre point de la spécificité française : le refus jusqu’aux années 80 de l’automatisme intégral. Les français boudaient ces machines et préféraient les semi-automatiques « qui lavent en deux temps, comme vous » (Slogan Sauter, années 50-60). Il fallait être sûr de contrôler toutes les opérations. On commercialisait alors des lave-linges à deux cuves !

 

Enfin, la structure des machines à laver françaises était différente : nos machines à laver avait un tambour horizontal, qui plongeait le linge dans l’eau une fois sur deux et donnait l’impression de battre le linge. Cela permettait aussi une économie d’eau, puisqu’il n’était pas nécessaire de tremper complètement le linge dans l’eau pour le laver.

 

Les machines américaines étaient composées d’un tambour vertical. Le linge tombait au fond et un agitateur remuait l’eau et tournait le linge. Le linge s’enroulait, ce qui n’était pas accepté en France.

 

Ces trois points ont conduit à des choix et une pratique différente. Ces données sont issues des enquêtes menées par Procter & Gamble

 
 
 
USA
Europe
Japon
Température moyenne de lavage
29°
42°
23°

Indice de dosage détergent

50
100
25

longueur du cycle

12 min
40min
11 min

volume d'eau du lavage principal

60litres
15litres
45litres

charge moyenne

2,8kg
2,8kg
2,8kg

utilisation d'agent de blanchiment

53%
25%
62%

nombre de lavage par semaine

7
5
10
 
 

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