Lavoirs et bateaux lavoirs

Publié le par exposition jours de lessive

Le lieu emblématique de la lavandière est sans aucun doute le lavoir le bateau-lavoir. Difficile de dater les premiers ; quant aux barques à lessive, leur origine remonte au tout début du XVIIè siècle.

 

On assiste au XIXème siècle à une prise de conscience collective des exigences de salubrité publique et d’hygiène élémentaire. Dans les villes, cette prise de conscience se caractérise par l’éloignement des cimetières, l’élargissement des rues et la construction de lavoirs municipaux. Les lavoirs sont alors des espaces publics créés par les municipalités, mais aussi par les industriels paternalistes.

 

Le gouvernement vote le 3 décembre 1851 un crédit de 600000 francs pour aider les communes à « la création d’établissements de bains et lavoirs au profit des classes laborieuses ». Le lavoir devient alors le nouveau temple de la propreté, à la gloire de chaque commune, au même titre que la nouvelle école et la mairie. Haut lieu de l’hygiène nationale par laquelle passe à l’époque forcément la force de la Patrie.

 

Le lavoir n’est pas seulement un bâtiment où la femme lave son linge, c’est également un endroit rempli de vie, de bruit et de cancans…

 

« Le lavoir était situé vers le milieu de la rue, à l’endroit où le pavé commençait à monter. Au-dessus d’un bâtiment plat, trois énormes réservoirs d’eau, des cylindres de zinc fortement boulonnés, montraient leurs rondeurs grises : tandis que derrière, s’élevait le séchoir, un deuxième étage très haut, clos de tous les côtés par des persiennes à lames minces, au travers desquelles passait le grand air, et qui laissaient voir des pièces de linge séchant sur des fils de laiton. A droite des réservoirs, le tuyau étroit de la machine à vapeur soufflait d’une haleine rude et régulière, des jets de fumée blanche… 

 

… C’était un immense hangar, à plafond plat, à poutres apparentes monté sur des piliers de fonte, fermé par de larges fenêtres claires. Un plein jour blafard passait librement dans la buée chaude suspendue comme un brouillard laiteux. Il pleuvait une humidité lourde chargée d’une odeur savonneuse, une odeur fade, moite, continue ; et par moment, des souffles plus forts d’eau de javel dominaient. Le long des batteries, aux deux côtés de l’allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu’aux épaules, le cou nu, les jupes raccourcies… Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient, pour crier un mot dans le vacarme… Et au milieu des cris, des coups cadencés, du bruit murmurant de pluie, de cette clameur d’orage s’étouffant sous le plafond mouillé, la machine à vapeur, à droite, toute blanche d’une rosée fine, haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l’énormité du tapage. »

 
Emile Zola, L’Assommoir

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