Traditions, rites et superstitions

Publié le par exposition jours de lessive

                                                                                                  


Les croyances populaireset les interdits entourant la lessive appartiennent au folklore, chaque région a développé ses propres légendes comme un moyen de se prévenir des femmes qui lavent. Les interdits varient d’une région à l’autre, mais le risque de bafouer l’interdit reste le même : il en va de la vie de la laveuse ou de celui dont elle lave le linge.

 

Le calendrier des lessives était entouré d’interdits tant liés à la religion qu’au cycle biologique de la femme. La présence d’une femme qui vient d’accoucher empêche le linge de blanchir ; dans les Vosges, il faut éloigner le cuvier le plus possible d’une femme enceinte pour éviter qu’elle perde son enfant.

 

On ne lessivait pas le « jour du Seigneur » ; ni le vendredi en Bretagne. En Touraine, on ne lessivait pas le dimanche, pas le vendredi (malheur). « Qui coule la lessive le vendredi, veut la mort de son mari ! » disait-on à Egriselles-le-Bocage et dans de nombreuses communes.

 

On ne lavait pas une semaine de communion solennelle, aux Quatre temps, et encore n’importe quel samedi de l’année, de crainte de provoquer le décès de l’un des chefs de famille ou au moins une maladie grave pour l’un d’eux. Ainsi disait-on en patois dans la région de Montbéliard : « Laver la lessive le samedi – C’est raccourcir la vie du mari – laver la semaine de l’Ascension – tire la bière du maître d’la maison »[1].

 

L’interdiction de faire la lessive en mai était moins répandue que l’interdiction des mariages, elle n’était valable le plus souvent que pendant les trois jours des Rogations (présage de mort dans le Limousin et dans l’Yonne) et, parfois, à l’Ascension (Franche-Comté).

 

Elle entraînait la mort pendant les deux semaines précédant Pâques en Sologne, dans la semaine qui précède Noël, ou dans l’intervalle qui sépare Noël du jour de l’an. Presque partout, il ne fallait pas faire la lessive pendant la Semaine Sainte, ce serait, disait-on par endroits, lessiver le linceul d’un membre de la famille ou du maître de maison. On ne devait pas faire la lessive au Carnaval ou pendant le Carême ; pourtant c’est le jour de Mardi-gras qu’il fallait faire de grosse lessives et, pendant qu’elle bouillait, les hommes devaient réparer les chemins et faire d’autres corvées.

 

Pour la Toussaint et le jour des morts, parfois même pendant tous le mois de novembre, on ne devait pas faire la lessive parce qu’anciennement les morts étaient enveloppés d’un linceul.

 

Beaucoup de légendes concernaient l’acte de lavage. Une mort prochaine ou celle d’un proche était annoncée à la lavandière dont le drap refusait de s’enfoncer dans le lavoir (Languedoc). Même présage dans le pays de Montbéliard, lorsqu’un drap n’était pas imbibé, lorsqu’un drap plongé dans la lessive s’entêtait à ne pas disparaître complètement ou qu’une lessive coulée était trouvée dans le cuvier.

 

De nombreuses légendes visaient directement les laveuses. Ces lavandières, fées, dames blanches étaient parfois maléfiques parfois bénéfiques, elles hantaient les lavoirs et les fontaines. L’une des superstitions les plus fortes était celle des dames blanches ou lavandières de la nuit, dont G. Sand narre la légende lugubre dans Légende Rustique : « on entend pendant la nuit, le battoir précipité et le clapotement furieux des lavandières fantastiques (…) les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides, elles battent et tordent incessamment quelques objets qui ressemblent à du linge mouillé, mais qui vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. »

 

En Alsace, le Carême était personnifié par une petite bonne femme appelée Fronfaster-Weibehen. Elle empêchait de faire la lessive pendant Carême (Bischoffsheim). Si on enfreignait cet interdit, elle rendait malheureuse toute l’année. Pour empêcher cette bonne femme d’entrer, on attachait une fourchette à un bâton qu’on mettait dans le coin de la porte. Elle se piquait et s’en allait.

 

On disait aussi qu’il ne fallait pas faire la lessive sous le signe de la Vierge parce que le linge se couvrirait de poux… Quant aux lavandières, éclabousser son tablier plus que de raison était signe qu’elles épouseraient un ivrogne ; chanter au lavoir, qu’elles auraient un mari fou !



[1] Arnold Van Gennep, « Le folklore français », p.1130

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