Les grandes lessives d'autrefois...

Publié le par exposition jours de lessive

          Le lavage du linge de corps et des vêtements de travail avait lieu toutes les deux ou trois semaines, plus souvent si on avait de jeunes enfants. Il s’agissait bien souvent d’un simple trempage sans savonnage dans l’eau de la rivière ou de la mare, faute de ressources.


Suivant les régions, la grande lessive (buée ou buie) se faisait dans tous les villages et les petites villes de deux à quatre fois par an et tout particulièrement au printemps et à l’automne. C’était un évènement important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête avec repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.

 

Les premières opérations se pratiquaient dans les foyers. Le linge était trié : d’un côté le linge blanc, et de l’autre les lainages et le linge fin. Le blanc était lui même trié en fonction de son degré de saleté et de sa finesse : cela conditionnait sa place dans le cuvier.

 

La buée avait lieu à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, appentis ou coin de grange). La lessive durait trois ou quatre jours, voire une semaine suivant la quantité de linge. Une grande buée comptait en moyenne 70 draps et autant de chemises, des dizaines de torchons et de mouchoirs.

 

                L’essangeage (ou échangeage) correspondait au prélavage. Le linge était sommairement décrassé à l’eau au lavoir, à la fontaine ou à la rivière. Les saletés les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver striée ; les pièces délicates, les cols et poignets de chemises, étaient lavées à l’eau tiède avec du savon de Marseille.

 

Pour les taches les plus rebelles, chaque femme avait ses secrets. John Seymour raconte dans Arts et traditions à la maison : « Il y avait toute une variété de procédés, dont certains passablement curieux, pour ôter les taches. Pour enlever la graisse et l’huile, on utilisait surtout la smectite, mais la craie et la terre de pipe étaient aussi réputées efficaces. Le jus de citron, le jus d’oignon, ou même l’urine, éliminaient l’encre, et l’on faisait partir les taches de cire en appliquant dessus un fer chaud enveloppé d’un linge. »

 

Avec le coulage commençait réellement la grande lessive. Le cuvier était sorti ou loué chez le tonnelier : il était en bois cerclé de fer, pouvant atteindre jusqu’à 1,20m de diamètre et contenir jusqu’à 400 litres d’eau. Il était posé sur un trépied.

 

Le linge était empilé dans le cuvier. On posait par dessus une grosse toile de chanvre (charrier ou cendrier), sur laquelle était étalée une couche de 5 à 10 centimètres de cendre de bois, mélangée avec des colliers d’iris pour parfumer le linge. Les coins de la toile étaient ramenés sur les cendres et on versait sur le tout une soixantaine de litres d’eau bouillante.

 

Les sels de potasse contenus dans les cendres se dissolvaient et l’eau de lessive, solution alcaline, était recueillie au bout d’une heure au vide-lessive (trou à la base du cuvier).

 

Le cuvier était relié par un tuyau d’environ 1,50 m de long à la casse, sorte de poêlon en cuivre à longue queue (en fonte à la fin du XIXè siècle), où l’on chauffait de l’eau. On reversait la lessive sur le charrier à l’aide du coule-lessive, un godet pourvu d’un long manche. On recommençait l’opération pendant des heures.

 

On laissait macérer toute la nuit. Le linge était dépoté le lendemain avec une pince en bois à longues branches et mis dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier.

 

Le jour suivant, il était transporté à la rivière ou au lavoir. Les laveuses procédaient alors au savonnage, au dégorgeage et au rinçage. Elles prenaient leur battoir, leur pain de savon, leur brosse de chiendent et leur boîte ou selle à laver (carrosse) pleine de paille, munie d’une planche ou non, dans laquelle elles s’agenouillaient. Elles tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la selle avec la brosse. Elles le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de l’eau de lessive. Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle posée sur des tréteaux.

 

Puis c’était l’azurage. On plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc.

 

Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois foissens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».

 

Lorsque le linge était étendu sur des cordes, en plein vent, il était fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois fourchues.

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